‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 119 sur 279 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

veau Hue à la Commune et de là, à la Force, où il échappa à grand'peine aux massacres 4.

Dans les premiers temps, la famille royale était réunie depuis le déjeuner jusqu'après le souper, c'està-dire de neuf heures du matin à neuf heures du soir. La reine et Mme Elisabeth s'occupaient de l'éducation de la princesse ; le roi enseignait la géographie et l'histoire au Dauphin. Les prisonniers avaient la permission de descendre au jardin et de se promener dans une allée de marronniers, le seul espace qui ne fût pas envahi par les ouvriers de Palloy. Encore, pour qu'ils pussent prendre cette distraction , fallait-il que le commandant général de la force armée, assisté de quatre officiers municipaux, pût les conduire lui-même à cette espèce de préau. Santerre absent, la promenade n'avait pas lieu , au grand préjudice de la santé de tous les membres de la famille royale et surtout du Dauphin qui souffrait beaucoup du manque d'air et d'exercice si nécessaires à son âge.

Le 29 septembre, la Commune, apprenant que le logement préparé spécialement pour le roi dans la grande tour était prêt à le recevoir, donna l'ordre de l'y transférer. On* n'avait pas même pris le temps de meubler d'une manière décente la dernière demeure du dernier roi de France; on s'était contenté de dresser à la hâte un lit pour Louis XVI. Cléry, qui ne voulut pas

\. Nous avons raconté, t. III, p. 271, les scènes horribles qui se passèrent les 2 et 3 septembre aux abords du Temple et dans l'intérieur de la prison; nous n'avons pas le courage d'y revenir. v 45

quitter soa maître, passa la nuit sur une chaise au chevet de l'infortuné monarque.

Le lendemain,, le roi demanda à être conduit auprès de sa famille; mais les officiers municipaux de garde déclarèrent qu'ils n'avaient pas d'ordre, et que dès lors ils devaient s'abstenir de laisser communiquer Louis XVI avec tes prisonniers de la petite tour 1-

Cette journée du 30 septembre fut bien triste pour les hôtes des deux prisons; ils faisaient l'apprentissage de séparations plus longues et plus douloureuses encore. Cependant, vers le soir, le roi ayant exprimé le désir d'avoir quelques livres, restés dans la chambre de la reine, un des officiers municipaux invite Cléry à l'accompagner. Marie- Antoinette, Mra* Elisabeth et les enfants se tenaient enlacés et pleuraient. En voyant Cléry, leur douleur redouble, ils lui adressent sur le roi mille questions auxquelles il ne peut répondre qu'avec réserve ; les prisonnières demandent instamment la faveur d'être réunies au roi , au moins pendant quelques instants du jour et à l'heure des repas. Leur douleur ne se traduit bientôt plus par des plaintes timides eti des larmes discrètes, mais par des cris de violent désespoir. On va prévenir les municipaux de garde qui, après avoir tenu conseil, décident que, puisqu'il n'y a pas d'ordre précis, les prisonniers pourront dîner ensemble ce jour-là et que le lendemain on en référera à la Commune pour qu'elle prescrive formellement comment on devra agir désormais.

4. Les deux tours, quoique adossées Tune à l'autre, n'avaient entre elles aucune communication.

Page 1