‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 137 sur 279 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

21 juin 1791? ne doit-il pas être jusqu'au bout le mauvais génie chargé de torturer la famille dont il a tenu naguère le sort entre ses mains? n'a-t-il pas à mériter une fois de plus la récompense nationale qui lui a été décernée pour avoir arrêté le roi dans sa fuite? N'a-t-il pas enfin à se venger de l'accueil méprisant que ses victimes lui ont fait subir lors de sa récente visite au Temple?

Bourbotte et Tallien soutiennent la proposition de Drouet. Mais, malgré les clameurs de l'extrême gauche, elle est écartée par la question préalable. On pouvait croire la discussion terminée par ce double vote. Il n'en est rien, et, chose extraordinaire, c'est l'auteur de la motion qui propose de la modifier, c'est Laurent Lecointre lui-même qui vient faire amende honorable du mouvement de pitié auquel il a eu l'imprudence de se laisser aller.

Dans les assemblées, il se trouve toujours des légistes habiles à trouver, au fond de l'arsenal des formalités judiciaires, certaines dispositions qui permettent de violer toutes les lois de l'humanité. Ce sont eux qui suggèrent à Lecointre le faux-fuyant qui va lui permettre de modifier sa proposition. Il déclare donc que, lorsqu'il Fa faite, il ignorait que la femme et la sœur du ci-devant roi fussent inculpées dans la procédure; mais que, s'il en est ainsi, comme on le lui assure, il comprend qu'elles ne puissent communiquer avec lui jusqu'après leur interrogatoire. Personne n'ose faire observer qu'aucun acte de procédure n'a été depuis quatre mois dirigé contre les malheureuses prisonnières du Temple; que, sous le futile.

prétexte d'une poursuite qui n'est pas commencée, on ne peut ajouter au supplice de Louis XVI la torture de se sentir à dix pas de tous les êtres qui lui sont chers, et de ne pouvoir les presser sur son cœur. On demande au moins que Louis XVI puisse embrasser ses enfants. Mais Dubois-Crancé répond qu'il saura par eux tout ce que sa femme et sa sœur voudront lui faire dire; « car, dit-il, les enfants ont pour cela un art inconcevable. » La majorité était à bout de résistance; elle décide que Louis Gapet pourra voir ses enfants, mais que ceux-ci ne pourront plus, jusqu'au jugement dé6nilif, communiquer avec leur mère et leur tante1.

Les bravades prophétiques de Tallien s'étaient réalisées; l'Assemblée avait courbé la tête devant la volonté toute-puissante de la Commune, comme, la veille,, elle s'était humiliée devant les vociférations des tribunes. A un jour de distance, les représentants du peuple français avaient été obligés par deux fois de passer sous les Fourches caudines de la démagogie. Ils étaient marqués désormais du stigmate d'une honteuse servitude; malheur à eux si tôt ou tard ils tentaient de secouer le joug !

4. Louis XVI préféra laisser ses enfants aux soins de leur mère, cl se priva volontairement de leurs embrassements.

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