‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 138 sur 279 · L'APPEL AU PEUPLE · texte numérisé non relu

L'APPEL AU PEUPLE

La Gironde n'avait pas abandonné son dessein de faire brèche dans les rangs de la dépu talion de Paris. Elle n'avait pas su saisir le moment où, au début de la session conventionnelle, elle était toute -puissante, pour obtenir que les élections de la capitale, entachées des plus graves irrégularités, fussent annulées1. A défaut d'une radiation en masse qu'il n'était plus possible de proposer, elle s'était attaquée successivement à Marat, à Robespierre ; elle avait réclamé des comptes aux anciens membres du fameux Comité de surveillance, k Panis, à Sergent. Plus tard, elle avait demandé, par l'organe de Guadet, que les assemblées primaires eussent le droit de révoquer les pouvoirs de ceux des membres de la Convention qui leur paraîtraient indignes de représenter la nation française. Après avoir réussi à faire consacrer ce principe par un vote, elle avait été

i; Voir t. IV, pages 29 et 369.

obligée de demander elle-même que l'application en fût ajournée1. Elle résolut alors de revenir au système des exclusions individuelles, et, par une manœuvre habile, de retourner contre les soutiens les plus fervents de la démagogie les accusations de royalisme que la Montagne lui jetait à chaque instant à la face.

Le dimanche 16 décembre, huit jours après la malencontreuse campagne de Guadet, Buzot demande la parole : « Citoyens, dit-il, un grand acte de vengeance nationale va bientôt s'accomplir. La justice, trop longtemps effrayante pour le faible, va s'appesantir enfin sur la tête des rois et consacrer son glaive à la défense de l'égalité. Le trône est renversé, le tyran ne sera bientôt plus; mais prenez garde! le despotisme vit encore et la Constitution n'est pas faite. » Après cet exorde, suivi de longs et compendieux développements, l'orateur propose que, Louis XVI une fois immolé à la sûreté publique, on prononce au nom du même intérêt national le bannissement de toute sa famille. « Si, ajoute-t-il, quelque exception pouvait être faite, ce ne devrait pas •être en faveur de la branche d'Orléans; plus elle a éveillé de sympathie, plus elle est inquiétante pour la liberté; elle porte le nom de Bourbon, ce qui est un titre auprès des puissances étrangères jalouses de nous donner un maître afin de s'assurer un allié; elle porte le nom d'Égalité, ce qui ne peut que flatter les Français qui détestent toute distinction aristocratique. Autour de d'Orléans nous voyons des enfants, dont le

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