LIVRE XXII
« En un mot, je vous demanderai où sont toutes ces précautions religieuses que la loi a prises pour que le citoyen , même coupable, ne fût jamais frappé que par elle?
« Citoyens, je vous parlerai avec la franchise d'un homme libre. Je cherche parmi vous des juges et je n'y vois que des accusateurs. Vous voulez prononcer sur le sort de Louis, et c'est vous-mêmes qui l'accusez !
« Vous voulez prononcer sur le sort de Louis, et vous avez déjà émis votre vœu !
« Vous voulez prononcer sur le sort de Louis, et vos opinions parcourent l'Europe!
« Louis sera donc le seul Français pour lequel il n'existera aucune loi ni aucune forme?
« Il n'aura ni les droits de citoyen , ni les prérogatives de roi!
« Il ne pourra jouir ni de son ancienne position ni de la nouvelle !
« Quelle étrange et inconcevable destinée! »
Dans la seconde partie de son éloquent plaidoyer, le défenseur discute un à un les faits imputés au roi; aussi bien ceux qui sont antérieurs à l'acceptation de la Constitution que ceux qui y sont postérieurs. Arrivant enfin au 10 août, il venge le roi de l'odieuse imputation d'avoir voulu, de propos délibéré, faire verser le sang du peuple. « Est-il un agresseur celui qui, forcé de lutter contre la multitude, est le premier à s'environner des autorités populaires, appelle le département, réclame la municipalité, et va jusqu'à demander même l'Assemblée, dont la présence eût peut-être pré-
venu les désastres qui sont arrivés? Le pouvoir que Louis tenait de la Constitution n'était-il pas un dépôt auquel la loi lui défendait de souffrir qu'on portât atteinte? Que feraient les membres de la Convention si, en ce moment même, on venait leur dire qu'une multitude abusée et armée marche vers eux; que, sans respect pour leur caractère sacré de législateurs, elle veut les arracher de leur sanctuaire? On a dit que Louis avait excité lui-même l'insurrection du peuple pour remplir les vues qu'on lui prête ou qu'on lui suppose. Et qui donc ignore aujourd'hui que, longtemps avant le 10 août, on préparait l'insurrection, que cette insurrection avait ses agents, ses moteurs, son cabinet, son directoire?... Dans cette salle même ou je parle, ne s'est-on pas disputé la gloire du 10 août? »
De Sèze raconte rapidement les phases de cette fatale journée; il rappelle que Louis s'est rendu à Y Assemblée pour ne pas être l'objet d'une collision entre la troupe et le peuple. Il invoque le droit d'asile, sacré chez toutes les nations, et termine par cette éloquente et pathétique péroraison :
« Entendez d'avance l'Histoire qui redira à la Renommée : « Louis était monté sur le trône à vingt ans, <( et à vingt ans il donna sur le trône l'exemple des « mœurs; il n'y porta aucune faiblesse coupable ni « aucune passion corruptrice; il fut économe, juste, « sévère; il s'y montra toujours l'ami constant du peuci pie. Le peuple désirait la destruction d'un impôt dé- « sastreux qui pesait sur lui; il le détruisit. Le peuple « demandait l'abolition de la servitude, il commença