‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 160 sur 279 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

barre de la Convention des femmes et des enfants en deuil, des individus qui marchent avec des béquilles ou qui sont couchés sur des civières : « Vous voyez devant vous1, dit l'orateur de la bande, des veuves, des orphelins, des patriotes mutilés qui viennent vous demander vengeance. Ce sont les victimes échappées à la mort à laquelle Louis le tyran les avait vouées. Les larmes de ces veuves, le cri de ces orphelins, les gémissements de ces hommes mutilés, les mânes de plusieurs milliers d'hommes immolés vous disent que la clémence est un crime quand elle compromet le salut du peuple2; il faut que Louis meure... »

L'Assemblée ne se laisse guère émouvoir par cette exhibition des martyrs du 10 août; et, dès le lendemain, elle se repose des scènes tumultueuses qui ont marqué ses séances précédentes en entendant le grand orateur de la Gironde. Dans la première partie de son discours, Vergniaud examine quels sont les principes sur lesquels est basée la souveraineté nationale et cherche à démontrer que l'Assemblée ne peut prononcer une peine irrévocable contre Louis sans la soumettre à la sanction du peuple. Dans la seconde partie, il laisse déborder son âme tout entière; par une admirable intuition de l'avenir, il déroule aux yeux de ses concitoyens

4. Journal des Débals et Décrets, n° 20Î, p. 478; Moniteur, p. 366.

2. Les pétitionnaires répètent ici en termes presque identiques ce que Robespierre avait dit l'avant-veille. (Voir plus haut, page 305.) Le tribun aurait-il donc non-seulement inspiré, mais rédigé leur faetum?

le tableau des misères que doivent forcément engendrer l'anarchie, la guerre universelle et le mépris de toutes les règles de la justice et de V humanité. Il fait entendre des accents de clémence que devait démentir, hélas ! le vote fatal que, dix-huit jours après, il laissa tomber de ses lèvres.

« Qu'est-ce, se demande Vergniaud, que la souveraineté du peuple dont on parle sans cesse? C'est le pouvoir de faire tous les actes qui intéressent Tordre social. Le peuple exerce ce pouvoir par lui-même ou par ses représentants. Pourquoi, dans ce dernier cas, les décisions des représentants du peuple doivent-elles être exécutées comme des lois? parce qu'elles sont présumées être l'expression de la volonté générale ; de cette présomption seule dérive leur force. Tout acte émané de la représentation nationale est un acte de tyrannie, une usurpation de la souveraineté nationale, s'il n'est pas soumis à la ratification formelle ou à la ratification tacite du peuple. La conduite de l'Assemblée a été conforme à ces principes; seulement on a distingué entre l'acte constitutionnel et les actes réglementaires. L'acte constitutionnel étant la base de l'organisation sociale, le pacte qui unit les citoyens entre eux, on a pensé avec raison qu'il devait être soumis à l'acceptation de tous les citoyens. Mais comme les actes réglementaires se multiplient à l'infini suivant les circonstances, comme il n'est pas possible de faire exercer tous les jours au peuple son droit de souveraineté, ils sont exécutés provisoirement, sauf la ratification tacite du peuple; car le peuple conserve le pouvoir de réclamer contre tout

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