LIVRE XX H
tinguer ses vrais amis des sycophantes qui le trompent et des charlatans qui ne flattent ses passions que pour usurper ses droits. » Prenant à partie Robespierre, il discute ses arguments, réfute ses calomnies, et, faisant allusion à la péroraison du héros de la démagogie , offrant sa poitrine aux poignards des ennemis de la liberté, il dit avec une ironie amère : « Tranquillisez -vous, Robespierre, vous ne serez pas égorgé, et je crois même que vous ne ferez égorger personne ; la bonhomie avec laquelle vous reproduisez sans cesse votre douloureuse invocation à la vengeance me fait craindre seulement que ce ne soit là le plus cuisant de vos regrets. »
Une fois entré dans la voie dangereuse des personnalités, l'orateur déverse à flots le ridicule sur ses adversaires et démontre, une fois de plus, ce qui désormais devient évident aux yeux de tous, c'est que la discussion, qui paraît uniquement porter sur le sort de Louis, n'est à vrai dire que la première passe du combat à mort qui va s'engager entre la Gironde et la Montagne. Gensonné promène alternativement ses sarcasmes sur les démagogues de haut et bas étage, aussi bien sur Marat, qui se proclame Y ami du peuple, que sur Robespierre, qui s'en déclare le défenseur incvmiptible; sur « cette nuée de commissaires du pouvoir exécutif qui parcourent les départements et se mettent à la suite des armées, » aussi bien que sur « cette foule d'hommes à cheveux lisses et à brusqueries prétendues républicaines qui encombrent les bureaux de la guerre , et dont l'impéritie et les déprédations coûteront à la nation le double de ce que coûtera la guerre; » sur ces députés de la Montagne qui n'ont
sans doute choisi cette dénomination que pour rappeler « ce tyran célèbre dans l'histoire par le dévouement fanatique de la horde d'assassins chargés d'exécuter ses ordres sanguinaires; » enfin sur « les charlatans de patriotisme et les faux adorateurs de la liberté, dont le culte a, comme les autres cultes, ses hypocrites, ses cafards et ses cagots. » Tous ces braillards qui importunent la Convention de leurs insupportables clameurs, prétendent, ajoute-t-il , avoir sauvé la chose publique; « si cela est, ils n'ont agi que par instinct, comme l'avaient fait avant eux les oies du Ca pi tôle; mais, certes, le peuple romain, par reconnaissance pour cette espèce de libérateurs, n'en fit pas des dictateurs et des consuls, et ne les rendit pas les arbitres suprêmes de ses destinées. »
Le discours de Vergniaud avait atterré les démagogues; celui de Gensonné les exaspéra. Jamais ils n'avaient été aussi courageusement mis à nu, aussi violemment flagellés , aussi spirituellement livrés à la risée publique. Ils résolurent de se venger à tout prix ; seulement , suivant une tactique qui leur était assez habituelle, ils poussèrent en avant un député qui n'appartenait pas à leur faction et qui devint, sans trop se rendre compte du rôle qu'on lui faisait jouer, l'instrument de leur rancune et l'interprète de leur ressentiment.
Gasparin, ancien officier d'infanterie et député des