Voir tome Ier, pages 424 et 4M
nous permettre de violer jusqu'à cet excès les droits les plus sacrés, les secrets les plus respectables. Je demande si , au mépris du secret des familles, un comité inquisitorial peut ainsi fouiller dans les papiers d'un citoyen et s'en emparer. Vous tous qui m'entendez , brûlez les lettres de vos amis, brûlez les lettres de vos femmes et de vos enfants! Craignez qu'un calomniateur ne vienne demain vous traîner à cette barre et s'emparer, sans inventaire , sans procès - verbal , de tous vos papiers. »
Barbaroux signale l'épouvantable désordre qui règne dans la tenue des registres du Comité de sûreté générale. « On ne tient aucune note des mandats d'arrestation qu'on lance. La majorité ignore ce que fait la minorité; des citoyens ont été détenus plusieurs mois sur l'ordre de quelques-uns des membres du Comité, sans que le Comité en fût officiellement instruit. Des papiers importants ont été soustraits, notamment plusieurs mandats d'arrêt signés Marat, l'ami du peuple. Ces mandats avaient été déposés au Comité avec cinq ou six cents autres trouvés à la Commune de Paris. »
On demande les noms des signataires de l'ordre d'arrestation de Boze. « C'est moi, s'écrie Tallien, qui l'ai rédigé; Chabot, Ingrand, Ruamps, Lavicomterie et Audoin l'ont signé avec moi. » Ces noms, qui appartiennent à la fraction montagnarde du Comité de sûreté générale , excitent les murmures de l'immense majorité de la Convention. Marat réclame la parole au milieu du bruit, et apostrophe violemment le président qui la lui refuse. Barbaroux propose le renouvellement complet et
immédiat du Comité de sûreté générale; mais cette proposition n'a pas de suites.
La Convention révoque Tordre d'arrestation de Boze, l'admet aux honneurs de la séance , et passe à l'ordre du jour malgré les vociférations de la Montagne *.
Cependant le procès du roi continuait avec un certain calme apparent. Le 3 janvier, Dartigoyte et Pélion sont entendus l'un contre et l'autre pour l'appel au peuple. Le premier ressasse, sans y ajouter rien de saillant, les arguments de la Montagne; le second, ceux de la Gironde. Le 4, Barère prononce un discours trèslong et très-laborieusement préparé, dans lequel, s'étudiant comme toujours à tenir la balance égale entre Vergniaud et Robespierre, il essaie de réfuter pied à pied l'orateur girondin , et aussi de lancer parfois quelques sarcasmes à l'adresse des députés de Paris et de leurs adhérents. Mais ces sarcasmes, la Montagne les lui pardonne facilement, parce qu'il conclut contre l'appel au peuple.
L'orateur commence par déclarer que la décision à
4. Les Jacobins ne voulurent pas en avoir le démenti, ils prétendirent que la conduite des trois girondins et celle de Boze cachait une conspiration ; le 4 janvier, ils exclurent ce dernier de la société. Voir le Journal des débats des Jacobins* n°* 3C3 et 337.