LIVRE XXIII
u Ah! ils savent bien ce qu'ils font, les anarchistes ! s'écrie le véhément député de Bordeaux, en faisant élire à haute voix les membres de la municipalité, comme vient de le faire aujourd'hui même la section des Gravilliers. Ils ne veulent avoir que des hommes selon leur goût. Ils dictent leur volonté avec des bourreaux, leurs ordres avec des assassins. Certes, je ne prétends pas accuser la majorité des sections de Paris. Consultez -les; elles vous diront que la faction désorganisatrice et anarcliique a des émissaires dans leur sein ; que ces émissaires jettent , par leurs menaces sanguinaires , l'épouvante dans le cœur de tous les bons citoyens ; que les délibérations les plus importantes sont livrées à quelques factieux et à quelques brigands. Tous les bons citoyens sont unanimes pour faire cesser enfin cet état d'anarchie qui donnerait à la République naissante une base d'argile et de sable. Mais, nous dit-on, c'est le fédéralisme que vous prêchez ; vous cherchez à rompre l'unité de la République, vous voulez armer les départements contre Paris. Citoyens, il faut en finir une bonne fois avec toutes ces insinuations. Et, d'abord, le fédéralisme n'a-t-il pas d'abord été proposé, il y a encore peu de temps, par un des coryphées du parti qui nous jette aujourd'hui cette accusation à la face, par Billaud-Varennes? Mais là n'est pas la question. On vous propose de casser l'arrêté du département de la Haute- Loire; cassez donc avant tout les arrêtés liberticides, désorganisateurs, insensés de certaines sections parisiennes; sachez prendre des mesures pour faire exécuter vos décrets dans la ville même où vous tenez vos séances.
Ordonnez de poursuivre ces hommes qui , en quatre jours, ont fait reculer d'un siècle la liberté de l'Europe... Ils m'entendent. »
Électrisée par ces paroles, la Convention prononce, à une grande majorité, Tordre du jour sur toutes les propositions tendant à casser et même à blâmer l'arrêté du département delà Haute-Loire; puis elle vote l'impression, mais repousse l'envoi aux départements du compte rendu de la municipalité de Paris.
Dès l'ouverture de la séance du 6, la lutte de la veille se ranime plus vive et plus ardente. Gomme la Haute-Loire, le Finistère envoie à la Convention une adresse contre les agitateurs et les démagogues : a Nos plus grands ennemis, y était-il dit, sont dans votre sein. Les Marat, les Robespierre, les Danton, les Chabot, les Bazire, les Merlin et leurs complices, voilà les anarchistes, voilà les vrais contre-révolutionnaires... Chassezles du sanctuaire de vos délibérations, vous n'avez rien de commun avec eux ; vous ne pouvez respirer le même air que des scélérats. Si vous croyez manquer de pouvoirs pour prononcer leur exclusion, consultez le souverain, interrogez les assemblées primaires; elles parleront hautement, et bientôt le danger de la patrie disparaîtra *. »