‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 183 sur 279 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

On conçoit facilement la fureur qu'un pareil acte d'accusation excite au sein de la Montagne. « Je demande, s'écrie Marat, que cette adresse soit renvoyée à sa source, au boudoir de la femme Roland! » Les murmures de l'immense majorité de l'Assemblée, bien loin de lui imposer silence, ne font que l'animer davantage : « Oui, je veux vous dénoncer cette faction qui cherche à immoler à ses projets criminels la députation de Paris; cette faction qui met tout en œuvre, intrigue, imposture, diffamation, sourdes menées, pour en arriver à ses fins. On vous demande de vous faire respecter : il n'y a qu'un moyen, c'est d'être respectables. — Disparaissez, lui réplique-t-on à droite, et nous le serons ! » La discussion, mise sur ce ton, devient de plus en plus tumultueuse; pendant une heure, des interpellations de la dernière violence s'échangent et se croisent. Àussitôtqu'un orateur veut prendre la parole, il est violemment interrompu par le côté de l'Assemblée qui ne partage pas ses opinions. Robespierre et Roland ont le même sort, ils ne peuvent parvenir à se faire entendre. Ils sont tous les deux à la tribune , et le président est impuissant pour faire obtenir un moment de silence à l'un ou à l'autre. « Votre devoir, s'écrie Robespierre, est de m'en tendre; j'ai à dénoncer un complot contre la tran-

cette adresse à l'Assemblée, invitait les autres départements à diriger vers Paris, comme il allait le faire lui-même, une force armée de cent hommes choisis entre les plus braves et les plus patriotes, pour pro- . téger la Convention nationale. Presque tous les jours, des adresses de même nature arrivaient à l'Assemblée. Nous citerons notamment celles émanées des directoires de la Loire-Inférieure, du Morbihan et des Côtes-du-Nord.

quillité publique; il ne peut appartenir à un parti de m'ôter la parole; je l'aurai, en dépit des âmes vénales et des ministres factieux ! »

Roland le regarde et sourit; l'immense majorité se soulève d'indignation. Marat, se dressant sur son banc et montrant le poing à la droite, crie : « Coquins de

l'ancien régime, s faction rolandiste, gredins éhontés,

vous trahissez impudemment la patrie! » Les tribunes acclament Vomi du peuple et poussent d'effroyables vociférations contre ceux qu'il dénonce à leurs vengeances. Le président sollicite en vain le silence, la sonnette se brise dans ses mains, il se couvre; les huissiers font longtemps des efforts inutiles avant d'obtenir que les députés, réunis en groupes animés au milieu de la salle, consentent à reprendre leurs places.

Enfin le calme se rétablit peu à peu, et le président Barère peut déclarer que la discussion est ouverte de nouveau. « Mais auparavant, dit-il, il faut que la République sache s'il existe une Convention nationale, car je ne vois ici qu'une assemblée anarchique. Je rappelle les tribunes au respect et Robespierre à l'ordre avec censure. »

La Montagne invoque alors en faveur de son orateur le droit qui appartient à tout membre rappelé à l'ordre de faire entendre sa justification.

Robespierre obtient la parole. Il se garde bien de présenter des excuses à l'Assemblée , et prend à partie le président, qui « met plus d'art à prouver son impartialité que d'exactitude à suivre les règles. La censure qui m'a été infligée, ajoute-t-il, ne peut m'al-

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