‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 205 sur 279 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

amis. Marat envoie cent francs pour témoigner combien il est sympathique à cette œuvre de propagande. On fait demander par les premiers fédérés séduits que la salie du club soit mise à leur disposition, afin que tous les matins ils puissent délibérer sur les moyens de sauver la patrie. Naturellement, la permission est accordée avec le plus grand enthousiasme 1.

Le 14, au soir, ceux des fédérés qui ont fait leur soumission entre les mains des Jacobins et qui marchent sous leur bannière, se réunissent dans l'église Saint-Bon, près la place de Grève, avec les délégués des quarantehuit sections. Un comité mixte organise une fête pour célébrer l'union intime des volontaires départementaux avec les sans-culottes parisiens. La Commune consent à honorer de sa présence la cérémonie fraternelle qui se prépare. La place du Carrousel est le lieu de réunion assigné par le programme, u On doit y brûler les pamphlets de Roland, verser des larmes sur la tombe des citoyens morts en combattant un tyran qui respire encore, mais dont le glaive de la loi va bientôt purger la terre; se jurer une union indissoluble et se donner l'accolade fraternelle2. »

Le 17, ce programme s'accomplit de point en point. Les embrassernents terminés, Marseillais et officiers municipaux, sectionnaires et fédérés, mêlés les uns aux autres, se rendent à l'Hôtel de Ville. Le Conseil, qui avait suspendu sa séance à midi, la rouvre à une heure, au milieu d'une affluence considérable. Sur le réquisitoire

\. Journal des débats du club des Jacobins, n° 336. 2. Journal des débats du club des Jacobins, n° 341.

du procureur-syndic Chaumette, il arrête1 : « que l'historique de cette belle journée sera gravé sur des pierres de la Bastille, envoyé aux quatre-vingt-quatre départements, et que, au milieu de la place du Carrousel sera planté un arbre vivant, dit arbre de la fraternité 2. » Des applaudissements éclatent; plusieurs fédérés prononcent des discours, on renouvelle les baisers fraternels et l'on descend sur la place de l'Hôtel de Ville danser la carmagnole !

Toutes ces danses, toutes ces embrassades, toutes ces fêles étaient parfaitement calculées pour jeter le trouble et la confusion dans la future armée de la Gironde. Aussi pouvait-on prévoir que, si jamais la garde départementale se formait, elle serait, par son manque d'unité et de discipline, plus embarrassante pour ceux qui avaient provoqué sa création que dangereuse pour ceux qui l'avaient combattue.

4. Moniteur, à l'article Commune, 47 janvier (n° 49). 2. La plantation de cet arbre devait servir de prétexte à une nouvelle fête célébrée le %% janvier (Moniteur, n* 25).

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