LIVRE X(X
nard, le Valais et les glaciers de Chamouni nous garantissent des entreprises du roi de Sardaigne. En cas d'attaque des Valaisans, cinq cents hommes et les hauteurs du Chablais nous assurent contre tous les efforts des despotes de l'Italie.
a Les biens du clergé, des émigrés, de Tex-duc devenant nationaux et pouvant former un capital de 20 millions; les frais de douane diminués; de riches mines d'antimoine, de cuivre, de fer, exploitées; nombre de produits de l'agriculture entrant dans la circulation ; de grandes voies de communication, telles que le cours entier de l'Isère et du Rhône, le lac de Genève mis à sa portée : voilà ce que la France gagnera matériellement à son union avec la Savoie. La Savoie y gagnera encore plus. Tenue dans un état d'infériorité par le Piémont» elle sera industriellement et commercialement relevée par la France. Grâce aux lois françaises, elle jouira de la vie politique et sociale dans sa plénitude, et verra s'ouvrir le plus brillant avenir. »
Mais cette incorporation, pourrait-on objecter, n'a-tellc pas des dangers diplomatiques? A quoi réplique Grégoire :
« Elle n'ajoute rien à la haine des oppresseurs contre la Révolution française; elle ajoute aux moyens de puissance par lesquels nous romprons leur ligue. D'ailleurs, le sort en est jeté; nous sommes lancés dans la carrière? Tous les gouvernements sont nos ennemis; tous les peuples sont nos amis; nous serons détruits ou ils seront libres... Ils le seront; et la hache de la liberté, après avoir brisé les trônes, s'abaissera sur la v 4
tête de quiconque voudrait en rassembler les débris. »
Ces dernières paroles sont accueillies par de formidables cris d'enthousiasme. L'impression et l'envoi du rapport aux armées et aux départements sont votés à l'instant même. Un seul député, Penières, se lève pour combattre les conclusions du rapport des comités, parce que cette extension du territoire et de la population pourrait, selon lui, diminuer la force de la France. De nombreux orateurs s'inscrivent dans le but de réfuter cette opinion, mais l'Assemblée juge inutile de les entendre; à l'unanimité moins une voix, la Convention déclare accepter, au nom du peuple français , la réunion de la cidevant Savoie à la République française.
D'immenses applaudissements retentissent dans les tribunes et dans la salle même.
Cependant, Buzot, dès que le silence est rétabli, monte à la tribune, et demande que le décret qui vient d'être voté soit soumis à la ratification du peuple français. Danton appuie vivement cette proposition, et d'un trèsgrand nombre de bancs on crie : Point de conquêtes ! Merlin réclame la question préalable. Buzot présente un ordre du jour, que Danton appuie1, et qui, amendé par Barère, finit par être adopté en ces termes :
« Sur la proposition d'insérer dans le décret de réunion de la Savoie à la France, les mots ; Au nom du peuple français , la Convention nationale passe à l'ordre du jour motivé « sur la déclaration solennelle qu'elle a faite, qu'il
4 . Nous avons suivi, en les combinant, les deux comptes rendus du Journal des Débats et Décréta et du Moniteur.