LIVRE XIX. M
n'y aura de constitution que celle qui aura été acceptée par le peuple français 4. »
La Convention décrète encore dans la même séance :
i° Que la Savoie formera provisoirement un 84* département sous le nom de département du Mont-Blanc;
2* Que les Assemblées primaires électorales se formeront incessamment pour nommer les députés à la Convention;
3° Que la Savoie en enverra provisoirement dix;
4° Que quatre commissaires seront envoyés dans le département du Mont-Blanc, pour procéder à son organisation provisoire.
Un des députés de l'assemblée des communes de Savoie présents à la séance demande que ces commissaires soient leur concitoyen Simond et les trois représentants envoyés précédemment à l'armée des Alpes; Dubois -Crancé, Lacombe- Saint -Michel et Gasparin. Mais on décide que les nouveaux commissaires seront nommés au scrutin. Le 29, Simond, Grégoire, Hérault- Séchelles et Jagot sont élus.
Un dernier décret, rendu sur la proposition de Simond et de Cambon, supprime les douanes françaises aux confins du département du Mont-Blanc et les recule aux frontières de Suisse et de Piémont.
Enfin, deux des délégués savoisiens, Doppet et Rollat remercient chaleureusement la Convention nationale d'avoir comblé les vœux de leurs concitoyens. Le prési-
4. La minute est signée B. Barère. Ni ie Moniteur, ni les Débats, ne donnent textuellement le décret.
M histoire de la tëërecr.
dent Hérault-Séchelles leur répond par une harangue que termine cette phrase quelque peu emphatique :
« Dans cette chute de tous les rois ensevelis sous leurs trônes , le seul trône qui restera sera celui de la Liberté assise sur le Mont-Blanc , d'où cette souveraine du monde, faisant l'appel des nations à renaître, étendra ses mains triomphantes sur tout l'univers i. »
Comme nous l'avons vu plus haut, la Belgique avait été conquise en moins d'un mois. Dumouriez avait rejeté les Impériaux bien au delà de la Meuse et n'avait pas à craindre qu'ils songeassent à lui reprendre sa conquête pendant l'hiver. Ses embarras devaient venir, non des ennemis qu'il avait devant lui, mais des fausses mesures que le pouvoir exécutif et la Convention allaient prendre à l'envi l'un de l'autre.
Dumouriez, en entrant en Belgique, manquait de numéraire et d'approvisionnements2. Les arsenaux des places du Nord étaient vides 5. Le défenseur de l'Argonne avait néanmoins entamé résolument la campagne, comptant
4. La réunion de la Savoie entraînait celle du comté de Nice. Cependant celte dernière annexion no fut décrétée que deux mois plus tard.
2. Voir la lettre de Wcstermann (Moniteur, ne 336), séance du 30 novembre.
3. Voir les lettres des commissaires de la Convention en data des 42 et 43 novembre, lues à la Convention le 45 (Moniteur, n° 324).
sur l'habileté du commissaire ordonnateur Malus, qui, malgré des difficultés du même genre, était parvenue assurer les services de son armée en Champagne. Par malheur, Malus était suspect d'aristocratie, ainsi que la régie des vivres de l'armée, institution de l'ancien régime.
Pache, à mesure qu'il recevait les marchés passés par Malus, les cassait impitoyablement ; les services s'arrêtaient, et l'armée, au milieu de la riche Belgique, se trouvait dans le plus affreux dénûment. Elle manquait d'effets de campement, et surtout de souliers et de capotes, si nécessaires cependant dans la saison rigoureuse où l'on se trouvait. Les soldats supportaient leur misère avec une admirable résignation, mais les plans de campagne du général en chef s'en trouvaient compromis. Plusieurs occasions importantes de tourner l'ennemi ou de lui faire subir des pertes considérables avaient été perdues par suite de la désorganisation du service des charrois et des vivres. Lors de l'entrée des Français à Bruxelles, la caisse de l'armée ne renfermait plus que 10,000 livres. Il fallut, pour payer le prêt aux soldats, emprunter 80,000 florins à la caisse publique de cette capitale et prendre 300,000 livres chez un banquier contre une lettre de change sur le trésor national.
Clavière, d'accord avec le ministre de la guerre et avec Cambon, rapporteur habituel du comité des finances, avait établi à Paris un comité central des achats, qui devait pourvoir au service de toutes les armées en même temps; mais par ses lenteurs, ce comité entravait tout. Dumouriez, qui voulait à tout prix poursuivre vigoureusement les Autrichiens, ne pouvait attendre que le comité de Paris
eût établi ses bureaux et organisé le service régulier des fournitures. Il prit sur lui de désobéir aux ordres du Conseil exécutif et de la Convention. Il donna par écrit aux commissaires ordonnateurs Malus, qui étaitauprèsde lui, et Petitjean, attaché à La Bourdonnaye, ainsi qu'à tous les chefs d'administration, Tordre de passer des marchés d'urgence pour assurer le service pendant deux mois1. En même temps il écrivit à Pache pour se plaindre amèrement des retards apportés dans l'approvisionnement de son armée; il demandait :
1° A passer seul, par l'entremise du commissaire ordonnateur en chef Malus , les marchés nécessaires pour approvisionner les troupes concourant à l'expédition de Belgique;
2° A passer seul les traités nécessaires pour assurer le service du numéraire indispensable à la solde et aux dépenses de l'armée 2.
Le 22 novembre, Pache transmettait à la Convention la lettre de Dumouriez, mais déclarait en même temps qu'il ne pouvait personnellement souscrire à l'excessive prétention du général, qui voulait manier avec trop de facilité les fonds destinés à son armée.
Cambon appuie les plaintes de Pache et dénonce comme des fripons Malus et Petitjean , mais surtout un certain d'Espagnac, qui, d'abbé de cour, s'était fait financier et fournisseur, et avait apporté dans son nouveau métier la rouerie et l'absence de scrupules qu'il devait