LIVRE XXIV
Aussitôt après cette nouvelle proclamation , Bréard demande : 1° que les secrétaires se retirent dans un bu-
Additionnant les trois chiffres donnés par le procès-verbal officiel :
286 pour la détention ou le bannissement, 46 pour la mort avec sursis, 2 pour les fers,
on arrive au même résultat : 334.
Aucun historien ne parait avoir relevé le fait assez bizarre du Moniteur, insérant dans son récit la remarque suivante, que Ton croirait émanée du président lui-môme : « Ainsi le vote de Mailhe, celui des membres qui, conformément à sa motion, ont démandé une discussion sur l'époque de l'exécution, n'ont point été comptés parmi les votants pour la mort, non plus que ceux qui ont expressément voté pour le sursis. »
On voit par cette mention combien il paraissait douteux aux yeux mêmes des témoins de ce drame funeste, que Ton dût compter pour la mort ceux qui avaient déclaré adhérer à l'amendement Mailhe, amendement dont la portée avait été expliquée d'une manière si évasive par son auteur, et qui, d'ailleurs, ne lui appartenait plus en propre, puisque vingt-cinq de ses collègues y avaient adhéré.
La majorité pour la mort sans restriction n'était donc pas de 387 comme la donne la proclamation du 4 8, ni do 366 comme la donne celle du 17, mais bien de 361, c'est-à-dire d'une demi-voix au delà du chiffre indispensablement nécessaire.
En présence de cette majorité d'une demi-voix, rappelons sans commentaires : 4° que sur cinq membres qui s'étaient récusés, quatre au moins étaient certainement favorables à Louis XVI : Morisson, qui avait soutenu la thèse absolue de l'inviolabilité royale et avait demandé qu'il fût alloué à Louis, après son bannissement, une pension de 500,000 francs; Noël, qui s'était abstenu pour un motif tout à fait individuel, mais qui montra jusqu'à sa proscription, en octobre 4793, les sentiments les plus humains; Chevalier et Debourges, qui s'étaient déclarés partisans de l'appel au peuple; 2° que, parmi les 364 votants pour la mort sans restriction, il y avait cinq commissaires aux armées arrivés dans la nuit et qui étaient notoirement con-
reau pour rédiger le procès-verbal complet du jugement du roi; 2° que ce jugement soit aussitôt imprimé et envoyé aux quatre -vingt -quatre départements avec une adresse destinée à expliquer au peuple français les motifs qui ont déterminé le décret rendu par la Convention.
« Pourquoi cette adresse? s'écrie Thuriot. N'aviezvous pas incontestablement le droit de juger le tyran? N'aviez-vous pas reçu de la nation en masse tous les pouvoirs nécessaires pour l'exercice de la souveraineté? En publiant d'inutiles instructions aux départements, l'Assemblée accréditerait elle-même l'opinion qu'elle a outre-passé ses droits , et qu'elle a besoin de justification. »
Cet incident n'a pas dans le moment d'autre suite; le président Vergniaud déclare la discussion ouverte sur la question du sursis.
« Je demande, s'écrie Tallien, que la question soit décidée séance tenante; l'humanité l'exige. Louis sait qu'il a été condamné; il sait qu'un sursis a été demandé... Décidons sans désemparer, afin de ne pas prolonger les angoisses.
— Appuyé, appuyé! aux voix! » crie la Montagne.
nus pour n'avoir pas assisté aux débats, puisqu'ils étaient absents depuis plus d'un mois. Cette prétendue majorité n'était-elle pas une véritable minorité? Quel est le tribunal régulier qui n'aurait reculé devant l'idée de laisser exécuter une sentence de mort rendue dans des conditions semblables, eût-elle été prononcée contre le dernier des criminels?