‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 260 sur 279 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

lier qui monte à l'échafaud. Les aides l'arrêtent et veulent lui saisir les mains. — « Que prétendez-vous faire, dit Louis XVI? — Vous lier. — Me lier; je n'y consentirai jamais! c'est inutile, je suis sûr de moi. » — Une scène violente peut s'engager : « Faites, sire, ce dernier sacrifice, dit l'abbé Edgeworth, c'est un nouveau trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense. » Louis se soumet et tend ses mains aux bourreaux. On les lui lie avec un mouchoir; on lui coupe les cheveux; les apprêts sont terminés. Louis monte résolument les quelques marches qui le séparent de la plate-forme. S'avançant vers l'extrémité de l'échafaud, la face tournée vers le palais de ses pères, il fait un geste impérieux aux tambours, qui n'ont cessé de battre depuis que la voiture est arrivée sur la place. Ces hommes, dominés malgré eux par le double sentiment du respect et de la pitié, se taisent aussitôt. « Français, s'écrie Louis, je suis innocent, je pardonne aux auteurs de ma mort; je prie Dieu que le sang qui va être répandu ne retombe jamais sur la France ; et vous, peuple infortuné... »

À ce moment un officier à cheval fond sur les tambours, l'épée à la main, et leur ordonne de battre. Les bourreaux s'emparent de la victime, la jettent sous le fatal couperet. La tête tombe, un des aides de Sanson la ramasse et la montre au peuple *.

4. Le plus beau témoignage que l'histoire ait à enregistrer sur la sublimité des derniers moments de Louis XVI, lui a été délivré par le bourreau lui-même. Sanson, écrivant le 20 février 4793 à Dulaure, rédacteur du Thermomètre du jour, s'exprime ainsi dans

Des cris de vive la nation! vive la République! éclatent alors et vont en s'accroissant jusqu'aux extrémités de la place; quelques hommes se précipitent vers l'échafaud pour se repaître de plus près de l'effroyable spectacle. La foule, qui n'a pu approcher au delà des fossés, s'écoule silencieusement. Les témoins de l'exécution vont porter dans tous les quartiers de Paris la nouvelle que le dernier roi des Français vient de mourir sous le glaive de la loi, et que la République est pour jamais fondée en France.

Ce que nous venons de raconter s'était passé en quelques instants; il était dix heures vingt minutes lorsque tout fut consommé. Une demi-heure après, une voiture s'arrêtait devant le cimetière de la paroisse de la Madeleine, situé rue d'Anjou-Saint-Honoré; elle était escortée d'un détachement de gendarmerie et contenait les restes mortels de Louis XVI. Depuis plus d'une heure , deux membres du département , Leblanc et Dubois, assistés des deux vicaires constitutionnels de la

sa brutale naïveté : « Pour rendre hommage à la vérité, il a soutenu tout cela avec un sang-froid et une fermeté qui nous a tous étonnés. Je reste très-convaincu qu'il avait puisé celte fermeté dans les principes de la religion, dont personne plus que lui ne paraissait pénétré ni persuadé. » (Voir la lettre de Sanson dans l'ouvrage déjà cité de M. de Beauchesne) .

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