LIVRE XXV
monstruosité de faire égorger par la main du bourreau un roi couvert par une déclaration solennelle d'inviola- .bilité, un homme condamné par une majorité très-contestable.
Le vote, au moins, Tut-il libre?
Sans doute, un certain nombre des membres qui se prononcèrent, les uns pour la clémence, les autres pour la sévérité, votèrent librement; mais la majorité céda lâchement à l'effroyable pression exercée sur elle au dedans et au dehors i. Cette majorité fut, durant le procès du roi, ce qu'elle se montra pendant toute la durée de la tourmente révolutionnaire : un troupeau faible et timide baissant la tête aux premiers grondements de l'orage, se laissant parquer dans un exclusivisme de plus en plus intolérant, s'étendant aux pieds de celui qui disposait de la force brutale, léchant la main qui le décimait pour la boucherie.
La Convention dans ses annales ne compte-t-elle pas beaucoup d'heures entachées des mêmes défaillances,
4. Sur ce point, nous ne croyons mieux faire que de nous en rapporter à deux des juges qui prononcèrent le verdict fatal; ce ne sont pas les plus obscurs d'entre eux. Carnot, dans ses Mémoires, publiées par son fils, tome I, page 21)3, s'exprime ainsi : « Louis XVI a commis le plus grand des crimes dont un roi puisse se rendre coupable. Malgré cela, il eût été sauvé si la Convention n'eût pas délibéré sous les poignards. »
Berlier, dans un écrit laissé par lui à ses enfanta et publié en 4838, déclare qu'il a voté la mort « parce que l'effervescence populaire, portée à son comble, eût empêché de tirer Louis XVI de sa prison pour le conduire sain et sauf jusqu'aux frontières. » Certes, voilà une bien pitoyable raison. Mais c'est celle même que Barba roux donna à la tribune. II faut donc y croire.
oU HISTOIRE DE LA TERREUR.
des mêmes lâchetés? A la journée du 17 janvier n'at-on pas vu succéder celle du 9 mars, où elle vota la création du tribunal révolutionnaire; celle du 31 mai, où elle laissa arracher de son sein les chefs mêmes de ta majorité; celle du 3 octobre, où elle proscrivit et livra cent vingt-six de ses membres; celle du 11 germinal an h, où elle abandonna Danton, Héraut- Séchelles et leurs amis à la haine du Comité de salut public; celle enfin du 22 prairial, où, à la voix de Cou thon et de Robespierre, elle accepta les abréviations monstrueuses que ces deux terribles pourvoyeurs de la guillotine proposèrent à la procédure, déjà si sommaire, suivie par Fouquier-Tïnville? Elle ne commença à montrer quelque énergie que dans les journées qui marquèrent la fin de sa carrière. Elle fut près de deux ans à apprendre que, pour toute assemblée populaire, le courage est la meilleure des tactiques et la plus sûre des sauvegardes.
D'ailleurs, tous les conventionnels qui votèrent la mort de Louis XVI avaient-ils donc une vertu à toute épreuve, une âme inaccessible à la crainte et à la séduction, comme l'imagination de certains historiens ou de certains poètes s'est plue à nous les peindre? N'at-on pas vu, quelques années après, bon nombre de ces farouches républicains remplir les salons des Tuileries, où ils avaient naguère siégé comme membres d'une assemblée souveraine, solliciter l'honneur de servir d'instruments dociles au régime intronisé le 18 brumaire? Beaucoup avaient prêté les mains à l'escamotage de cette journée et s'empressèrent de faire