‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 4 sur 279 · LITRE XIX · texte numérisé non relu

LITRE XIX

sions généreuses; malheur aux politiques qui négligent d'alimenter ce feu sacré ! . .. L'aliment le plus efficace pour le vivifier, ce sont les fêtes publiques. Rappelez-vous la fédération de 1790... Chantez donc, chantez une victoire qui est celle de l'humanité. Il a péri des hommes, mais c'est pour qu'il n'en périsse plus. Je le jure au nom de la fraternité universelle que vous allez établir, chacun de vos combats sera un pas de fait vers la paix, l'humanité et le bonheur des peuples. »

La proposition de Vergniaud est votée en ces termes : a La Convention nationale décrète qu'il sera célébré une fête nationale pour honorer les succès des armées de la République ; renvoie au comité d'instruction publique pour l'exécution. »

Aulendemain de la victoire de Jemmapes, il n'y avait guère qu'un homme qui ne partageât pas l'allégresse universelle. L'Ami du peuple tenait à honneur de ne jamais penser comme les autres et d'injurier tout ce qu'on honorait. Il se mit à tonner contre l'engouement des Français, et à prétendre que Dumouriez avait mal triomphé. « Le fameux général, écrivait-il, dans son Journal de la République, le 12 novembre, a menti sur le chiffre des morts. Si, parti sans bagages et sans artillerie, il s'est attaqué à des hauteurs garnies de canons, il a risqué ce coup d'audace principalement afin de faire m itrailler les bataillons parisiens qu'il poursuit de sa haine. » Que les Français, les conventionnels et les jacobins eux-mêmes admirassent Dumouriez et sa bataille, cela l' étonnait peu, car il connaissait l'étourderie du caractère national. Pour lui, il voyait que les Autrichiens s'en étaient trop tranquil-

lement allés pour avoir été si complètement battus. Il ne tiendrait Dumouriez pour un«bon général, que si toute la Belgique était conquise sans qu'un seul ennemi échappât. En attendant, il croyait servir la patrie en persistant à considérer Dumouriez « comme un de ces intrigants et fripons publics tout prêts à machiner, que la défiance populaire doit toujours environner, ne leur permettant point de faire un pas sans trembler d'être démasqués et punis1. »

En réponse à la diatrible maratiste, les amis de Dumouriez vinrent, le 14 novembre, à la tribune de la Convention, lire une lettre que le général écrivait au ministre de la guerre, le 30 octobre, six jours avant la bataille de Jemmapes.

« Comme philosophe et comme bon républicain, y disait le défenseur de I'Argonne, je suis pénétré de la nécessité de conserver l'égalité entre les citoyens. Aussitôt cette guerre terminée, je veux être libre et sans emploi. Plus le rôle que j'aurai joué pendant la guerre aura été important, plus la nation et ses représentants doivent approuver cette abdication et devraient même en faire une loi si je ne la proposais moi-même. »

Cette pièce allait être purement et simplement renvoyée au comité militaire, quand Gensonné en demanda le renvoi au comité de constitution, pour qu'il pût examiner cette question : « Ne fera-t-on pas de l'abdication des généraux un article constitutionnel 2 ? »

4. Journal de la République, n° 43, du 42 novembre. 2. Journal des Débats et Décrets, n° 56, p. 234.

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