LIVRE XIX
hors de combat. Importante au point de vue militaire, la victoire Tétait bien davantage sous le rapport politique. L'Europe s'effraya en apprenant les détails d'une action où des volontaires, dont beaucoup voyaient le feu pour la première fois, avaient bravé une formidable artillerie et escaladé des redoutes avec une audace inouïe. Après avoir repoussé les envahisseurs de son territoire, la France allait-elle envahir à son tour les états de ses adversaires, renverser toutes les vieilles dynasties, comme elle avait renversé celle de Louis XIV, convertir tous les peuples aux doctrines nouvelles?
Dumouriez annonça sa victoire à la Convention dans une lettre pleine d'enthousiasme.
L'aide de camp qui l'apporta, Lame, présenta à la barre le héros de la journée, Baptiste Renard. On voulut entendre, de vive voix, le récit de ses exploits. « Il a, dit La rue, rallié cinq escadrons, quatre bataillons et s'est jeté le premier, sabre en main, dans un retranchement qu'il a enlevé. — Que voulez-vous pour récompense? lui a demandé Dumouriez. « L'honneur de porter l'uniforme « national. »
A ce mot, la salle retentit d'acclamations réitérées. Larue embrasse Baptiste, nouvelles acclamations; plusieurs orateurs prennent successivement la parole et se disputent l'honneur de célébrer un aussi beau trait de bravoure; le décret suivant est voté à l'uuanimité :
« La Convention nationale décrète que le citoyen Baptiste Renard, qui a rallié un régiment de dragons et quatre bataillons de volontaires au combat de Mons, recevra le baiser fraternel du président de la Convention;
qu'il sera armé, équipé et monté aux frais de la République; que le ministre de la guerre autorisera le général Dumouriez à lui donner une place dans son armée. »
Le décret lu et solennellement proclamé, le président, au nom de l'Assemblée entière, embrasse Baptiste et Larue. Jean Debry demande que le 6 novembre, jour où les Français ont gagné la première bataille rangée pour la délivrance des peuples, soit consacré par une fête nationale.
Lasource s'oppose à la proposition de Jean Debry, parce que, selon lui, il ne faut pas fêter une seule armée, une seule journée: « Attendez, s'écrie-t-il, attendez que le triomphe de la liberté soit complet et assuré , que tous les tyrans soient abattus, que tous les peuples voisins, libres par le courage des Français, votent des remercîments à la République. Vous célébrerez alors la paix de l'univers!
— « Point de fêtes quand des hommes ont péri, ajoute Barère; vous avez célébré la conquête de la Savoie, elle n'avait point coûté de larmes... Mais ici quatre mille hommes ont péri... Car les Autrichiens sont des hommes ; il n'y a que les rois qui ne sont pas de l'espèce humaine. Des Français ont péri aussi, et vous voulez des fêtes!... Je m'y oppose, je demande un simple monument funèbre.
— « Sans doute, il a péri des hommes, s'écrie Vergniaud, mais enfin c'est la liberté qui triomphe. . . Gardonsnous d'abstractions métaphysiques... La hature a donné aux hommes l'amour de la gloire et de la patrie, la passion de la liberté. Législateurs, il faut entretenir ces pas-