LIVRE XX
La Commune du 10 août n'eût pas fait des adieux complets si, après s'être ainsi attaquée au roi du jour, elle avait oublié de s'attaquer au roi de la veille ; si , après avoir tenté d'obtenir la destitution de Roland, elle n'avait pas réclamé la mort de Louis XVI. Seulement, au lieu de faire directement cette seconde démarche, elle emploie un procédé qui lui est habituel. Elle charge ses commissaires d'accompagner à la barre de l'Assemblée une députation qui se prétend l'organe des quarante- huit sections et qui n'est tout au plus déléguée que par Tune d'entre elles, celle du Panthéon français. Mais la Convention ne s'y trompe pas, et le discours de son président, Barère, est bien plus directement adressé aux commissaires présentateurs qu'aux pétitionnaires euxmêmes. Voici, du reste, la demande et la réponse.
« Représentants du peuple français, dit l'orateur de la députation, que tardez-vous à accomplir la vengeance nationale? Le monstre qui voulait anéantir la liberté et l'égalité est enchaîné. Bientôt il sera livré à
très-grands avantages : l'un que tant de recherches et de dénonciations amèneront nécessairement une punition exemplaire, si je suis coupable; l'autre, qu'il sera bien constaté que le conseil général de la Commune de Paris préfère, au parti si simple de rendre ses comptes, celui de persécuter les surveillants incommodes, à qui la loi ordonne de les lui demander...
« 11 ne m'appartient pas de prévenir mon jugement : je n'en ai d'ailleurs pas le temps, et je ferai mieux d'attendre, pour me justifier, que le rapport, qui s'enfle tous les jours, lance enfin contre moi sa redoutable explosion. Alors, à mon tour, je jugerai mes juges. Je veux bien leur accorder ce délai et ne répondre à rien en détail que quand on verra l'ensemble. »
votre justice. Pourquoi donner le temps aux factions de renaître?... La mort ne peut-elle pas vous soustraire votre victime ? Alors que nous serviraient tous vos serments? L'ignorance et la calomnie répandraient impunément le bruit que les Français n'ont pas osé juger leur roi et qu'ils ont lâchement préféré l'empoisonner. Écartez jusqu'à la possibilité de cette injure; temporiser, c'est consentir à la durée de nos maux. Le peuple, tout patient qu'il est, peut s'ennuyer... Or donc, les sections vous demandent :
« 1° De poser la question comme elle le devrait être : « Louis, ci -devant roi des Français, est-il digne de » mort? Est- il avantageux à la République de le faire « mourir sur l'échafaud?
« 2° De redoubler de zèle et d'activité tant que durera cette affaire. »
« Citoyens, réplique Barère, la Convention n'a pas attendu que les sections de Paris lui témoignassent leur sollicitude sur le jugement du dernier roi des Français. Elle écoutera toujours avec intérêt les pétitions des citoyens, c'est un devoir; mais elle ne sera jamais devancée par aucune section du peuple sur les objets de salut public. Elle n'a ni torpeur, ni pusillanimité. Elle aura le courage d'étouffer toutes les factions qui entourent le berceau de la République, même la faction impie des avilùseurs du pouvoir national.., La République une et indivisible a confié à ses représentants le droit de préparer ses lois et de la délivrer du royalisme comme de X anarchie, des traîtres couronnés comme des factieux mercenaires. La Convention nationale en répond à la