‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 58 sur 279 · LIVRE xx. m · texte numérisé non relu

LIVRE xx. m

u Un compte moral a été rendu, et ce compte encore est particulièrement contre la ville de Paris ; quel en est l'auteur ou le stipendiais? C'est Roland.

« Déjà un imprimé de lui a provoqué, contre cet agent aussi ambitieux qu'infidèle du pouvoir exécutif, l'arrêté de plusieurs sections, et vous en connaissez les motifs.

« Mais ce n'est pas tout; écoutez, Législateurs, et jugez-nous. Nous vous dénonçons Roland comme ayant méprisé les autorités constituées , ayant enfreint la loi , ayant fait briser des scellés , sans les faire reconnaître par ceux qui les avaient apposés ; comme ayant fait, dans le château de nos anciens tyrans, des découvertes sans avoir pris aucune des précautions légales, comme si l'homme qui approche le plus de la loi ne devait pas être le premier à se soumettre devant elle. Nous vous le dénonçons comme ayant pu, puisqu'il vous a présenté la substance analytique des pièces qu'il vous rapportait, d'après sa découverte aux Tuileries , comme ayant pu, disonsnous, soustraire une partie de ces pièces1. Nous vous le dénonçons enfin comme ayant osé vous présenter, avant-hier, le trouble et la sédition dans Paris, calomnier le peuple de Paris qu'il fait investir de quantité de satellites secrets et mal intentionnés, lorsque la paix et la tranquillité régnent, malgré les efforts perfides des agitateurs et peut-être de Roland lui-même. Tels sont, citoyens législateurs , les motifs qui nous appellent dans

1. Ici la Commune fait allusion à un incident important, la découverte de l'armoire de fer, dont nous parlerons dans le livre suivant.

votre sein avant notre séparation. L'envie et la calomnie ne les ont pas dictés. Ces deux passions affligeantes n'eurent jamais d'accès dans nos âmes. Les hommes qui ont sauvé la patrie le 10 août, n'ont d'autre objet que de vous desciller la vue et d'arracher Paris à une puissance dont l'intrigue de quelques factieux le menace. D'après ces observations , il est évident que Roland est coupable. Dira-t-on qu'il est égaré? dira-t-on qu'il est au-dessous de sa place? Dans l'un comme dans l'autre cas, qu'il la quitte! il le doit à la sûreté de la République; il se le doit à lui-même; il doit remettre à des hommes plus dignes, plus éclairés, enfin. à de vrais républicains, un poids qu'il ne peut plus soutenir1. »

h . Roland aurait pu imiter la Convention et dédaigner de relever le gant que lui jetait la Commune insurrectionnelle. Il ne fit point, il est vrai, de réponse directe à la pétition de la Commune, mais il envoya au Moniteur (n° 342) une longue note signée de lui, et dont la tournure ironique trahit la coopération de madame Roland, rédacteur ordinaire des factums de son mari.

ce J'apprends par un journal, y disait-il, que le conseil général a un registre ouvert, une commission spéciale nommée pour recevoir et rassembler toutes les dénonciations que Ton veut bien faire contre moi ; qu'un rapport se prépare ; que le tribunal me juge déjà à l'avance... Tout cela est très-bien. De telles préventions sont le lot des hommes en place dans une république. Je le savais dès longtemps ; cela ne m'a pas empêché de désirer celte république : cela ne m'empêchera pas de la défendre. Le conseil général et moi la servons également, quoique d'une manière différente.

« J'ai raison d'écrire au conseil général lettre sur lettre pour lui demander, au nom de la loi, des comptes de sa gestion pendant deux mois de désordre et de dilapidation. Il a raison , sans doute, d'employer à s'indigner contre moi le temps qui pourrait servir à répondre à mes lettres, car il en résultera, pour la chose publique, deux

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