LIVRE XX
Les suffrages d'une cinquantaine de démagogues suffirent pour maintenir sur leur chaise curule ces deux futurs grands prêtres de la déesse Raison et pour les autoriser à parler au nom du peuple de Paris !
Les agitateurs subalternes de quartier, qui, las de travailler pour le compte d'autrui , avaient aspiré à l'honneur de siéger dans le Conseil général provisoire, avaient généralement réussi dans leurs calculs et dans leurs manœuvres. D'un autre côté, plusieurs sections, animées d'un esprit tant soit peu réactionnaire , avaient nommé des personnes depuis longtemps revêtues de leur confiance, mais qui étaient loin d'approuver ce qui s'était fait depuis quatre mois. Parmi les cent vingt-deux élus vingt-huit seulement avaient fait partie plus ou moins longtemps de la Commune insurrectionnelle. Quelques autres s'étaient fait connaître dans des circonstances diverses. La plupart n'avaient encore acquis aucune notoriété.
Le 2 décembre au matin, Boucher-René, se présente à la tête des nouveaux élus dans la grande salle de l'Hôtel de Ville. Les membres de la Commune insurrectionnelle y occupent leurs sièges ordinaires. Aussi-
dont nous avons parlé (tome II, page 476), par 39 voix sur 303 dans la section Mauconseil; Douce, désigné sous la qualification d'ouvrier en bâtiment, n'obtint, à la Croix-Rouge, que 24 voix sur 437 votants.
tôt qu'ils voient le maire par intérim se diriger vers le bureau pour y prendre le fauteuil , ils se lèvent en tumulte, et poussent d'effroyables vociférations : C'est un traître, c'est un imposteur, les hommes du 40 août ne peuvent être présidés par un faussaire! Boucher-René dédaigne de faire attention à ces clameurs et va s'asseoir à l'écart.
Mais il était réservé au pouvoir près d'expirer de recevoir le coup de grâce de celui-là même qui avait été son serviteur docile, son instrument aveugle, de Santerre. Le farouche républicain qui avait sollicité les faveurs des ministres de Louis XVI, et qui devait un jour se précipiter aux pieds de Napoléon i9 savait parfaitement mettre la rudesse de sa prétendue franchise au service de ses intérêts. Toutes les fois qu'il s'agissait de saluer l'apparition d'un pouvoir nouveau, il était des plus vite arrivés.
Les commissaires insurgents avaient résisté à la première sommation que le maire par intérim leur avait faite; ils semblaient attendre qu'au nom du peuple, les spectateurs des tribunes les invitassent à garder leurs sièges. Pendant ce temps, ils recevaient des adresses, entendaient des harangues et ne songeaient nullement à lever leur séance. Un bataillon de vétérans se présente et obtient facilement l'autorisation de déûler dans la salle ; Santerre qui les accompagne reste à la barre et , après leur sortie, demande la parole. Va-t-il donner le signal d'une nouvelle insurrection, va-t-il offrir à