‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 71 sur 279 · LIVRE XX. 43V · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 43V

dénonciateur. Celui-ci se tourne vers elle avec une grossièreté familière :

o N'est-il pas vrai, madame, dit-il...

— Vous n'avez pas le droit d'interroger, lui crie-Won de toutes parts.

— Citoyenne, dit le président, la Convention a désiré tous entendre sur un objet dont il va vous être donné connaissance. Quel est votre nom ?

— Roland, nom dont je m'honore ; c'est celui d'un homme de bien.

— Connaissez-vous le citoyen Achille Viard ?

— Je ne connaissais point Viard lorsque je reçus une lettre de lui, dans laquelle ce citoyen, c'est ainsi qu'il l'avait souscrite, ce citoyen me disait que, chargé d'une mission secrète pour l'Angleterre et prêt à partir, il avait à communiquer à M. Roland des choses de la plus grande importance et me priait de lui ménager un moment d'entretien avec lui. Je répondis sur-le-champ, par un billet non signé, que je n'étais qu'à côté des affaires ; que je m'en tenais à mon rôle de femme , que je n'en voulais pas d'autre et que sa lettre me prouvait qu'il partageait avec beaucoup de personnes une erreur semée par la malignité ou l'envie. J'ajoutai que, cependant, s'il était question de quelque chose d'un intérêt particulier pour M. Roland, on me trouverait tous les jours jusqu'à onze heures. Viard ne vint point le lendemain, et dès lors je jugeai que ces choses si importantes n'étaient pas d'un intérêt tel que je l'avais pensé d'abord sur l'annonce. Le surlendemain, Viard se présenta chez moi; il parla longtemps. Je l'écoutai en silence. Je lui répétai ce

que contenait ma lettre ; je l'invitai à s'adresser directement à M. Roland. Iï ne parut point satisfait; il partit, et, sans avoir l'œil bien exercé, je conclus de sa visite que cet homme avait eu plutôt pour objet de savoir comment on pensait que toute autre chose. »

Ces explications sont suivies d'applaudissements réitérés. Quelques rumeurs se font entendre à l'extrême gauche. Le président , s'adressant à Mme Roland . lui déclare, que «la Convention nationale, satisfaite des éclaircissements qu'elle vient de donner, l'invite aux honneurs de la séance. » Mme Roland traverse la salle au milieu des plus vifs témoignages de sympathie et va s'asseoir au banc réservé aux pétitionnaires. Rien ne manque à son triomphe, pas même la grossière insulte du soldat ivre suivant le char du vainqueur. Ce dernier rôle est pris par Marat, qui s'en acquitte avec son cynisme ordinaire. Sur un signe de lui , les tribunes se taisent, et Y ami du peuple de s'écrier : « Voyez le silence du public : il est plus sage que nous i ! »

Yiard était resté à la barre ; on l'eût dit attaché au pilori. Les plus timides comme les plus compromis ne craignent plus de l'insulter. Pons (de Verdun ) lui reproche d'avoir été soupçonné de fabrication de faux assignats. Sergent affirme que cet homme a toujours été signalé à la police comme un individu plus que suspect.

4. Le lendemain, Marat avait encore l'audace d'affirmer que toute cette affaire du 7 décembre n'était « qu'un complot tramé par la clique Roland et par sa Pénélope, aidée de ses principaux servants, pour engager les patriotes du comité de surveillance dans de fausses démarches, et les donner en spectacle comme des imbéciles. »

Page 1