‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 72 sur 279 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

Celui des jeunes Girondins auquel la médisance publique accordait le privilège d'occuper le cœur de madame Roland , Buzot monte à la tribune. Au point où le débat était arrivé, il eût été prudent de sa part de s'abstenir, mais, désireux de briller devant celle qu'il aime, il demande à poser quelques questions au dénonciateur. Thuriot, Basire, Tallien s'y opposent, en menaçant l'orateur du geste et de la voix. Fatiguée de tant de violence et de scandale, l'Assemblée se hâte de rendre un décret d'accusation contre Achille Yiard et de lever une séance qui n'avait pas duré moins de neuf heures *.

4. Pour le récit de cette orageuse séance, nous avons combiné la version du Moniteur, nM 344 et 345, avec celle du Journal des Débats et Décrets, n°« 80 et 84 .

Le 40 décembre, un des commissaires chargés de la levée des scellés posés sur les papiers de Viard, déclara « n'avoir rien trouvé d'intéressant, si ce n'est des monuments d'indigence toujours renaissante, et des preuves que cette indigence l'avait déterminé, pour subsister, à se vendre à toutes les autorités constituées. » [Journal des Débats et Décrets, p. 482 du n° 83; Moniteur, n° 347.) Viard fut maintenu en état d'arrestation provisoire, probablement chez lui, car nous n'avons trouvé son nom sur le registre d'écrou d'aucune des prisons de Paris en décembre 4792. On lui fit subir un nouvel interrogatoire que lut Treillard à la Convention, le 20 décembre, et qui prouva simplement une fois de plus que le prévenu n'était qu'un chevalier d'industrie. « (Moniteur, n° 357.) Il ne fut plus question pendant longtemps de Viard. Plus tard il fut arrêté comme l'un des complices de la conspiration dite de l'étranger, et guillotiné le 29 prairial an II, un mois après que Chabot eut porté sa tète sur l'échafaud.

L'ovation faite à Roland et surtout à sa femme soulève au club Saint-Honoré i les plus violentes déclamations «contre le couple infernal, contre l'indigne, le perfide, le scélérat Buzot. » En vain Jean-Bon Saint- André, qui pourtant n'était pas suspect de modérantisme, se hasarde-t-il à dire : « Commençons par sauver la patrie, nous verrons ensuite ce que nous ferons de Roland et des rolandistes! » Il est traité d'endormeur par Robespierre lui-même. « Il ne faut pas se le dissimuler, s'écrie le chef de la députation parisienne, la liberté est menacée de toutes parts; la nation est entre les mains de fripons. Nous avons un gouvernement détestable mené par un scélérat. La meilleure politique à l'égard de ceux qui dominent la Convention, qui ont en main le pouvoir, n'est pas la politique du dédain, mais la politique de la haine, dût cette haine passer pour de la peur exagérée. »

Pour un instant, le tribun oublie les soupçons qu'il entretient contre tous ceux qui portent une épée, contre les généraux qu'il a accusés déjà, qu'il accusera bientôt encore de conspirer contre la liberté. Il se fait la caution de Custines, « qu'il a connu à la Constituante, dont il estime la franchise, » de Dumouriez, « qui n'est pas plus traître que Custines, qui aime la gloire et méprise

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