‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 73 sur 279 · LIVRE XX. U · texte numérisé non relu

LIVRE XX. U

Brissot et sa faction. Que Ton cesse donc, ajoule-t-il avec une insistance très-remarquable, de dénoncer les généraux pour ne s'occuper que des ministres , de ceux qui trament l'anéantissement des Jacobins et la mort des plus purs patriotes ; j'ambitionne l'honneur d'être massacré le premier par les Brissotins... J'espère si peu de la liberté publique que je demande à être assassiné par Roland. Tant qu'il existera un ministère qui tiendra en ses mains la liberté et surtout celle de la pensée, un ministre qui pourra disposer des biens du ci-devant clergé ; tant qu'aucun homme de probité ne pourra lui demander compte des sommes immenses qu'il a entre les mains; tant qu'il aura le pouvoir de calomnier non-seulement le peuple, mais encore les amis du peuple; tant qu'il donnera des dîners et des places , vous n'aurez que le despotisme d'un seul , gouverné par une trentaine de fripons ; tant que Roland existera , tous les aristocrates se réuniront à lui.. . Le but de cette faction est d'anéantir la société des Jacobins et les sociétés affiliées, d'accabler tout homme qui n'est point dévoué à cette faction et de plonger le poignard dans le sein de ceux qui ont le courage de lui résister. Voilà l'important secret que j'avais à révéler à la société. »

Ce discours soulève le plus vif enthousiasme. « Oui, crient Chasles et Bentabole , Roland a établi un bureau de la formation de l'esprit public et il s'en sert pour assassiner l'esprit public; c'est un crime de lèse-nation, de haute trahison ! »

« A la Convention, dit Tallien, nous existons sous la dictature de Roland. Rallions-nous autour des prin-

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cipes éternels de la justice et de la raison; voilà nos chefs de file. Il est temps de nous montrer à découvert et de terrasser nos ennemis... Je finis par inviter les députés à se réunir ici , car c'est ici qu'on a sauvé la patrie deux fois, et c'est ici qu'on la sauvera une troisième. — Oui , oui , » répondent tous les assistants agitant leurs chapeaux, battant des mains, en proie à une véritable frénésie 4.

Les manifestations jacobines devaient naturellement avoir leur contre-partie à la Convention. Les Girondins firent tomber leur colère sur celui qui, de tous les ennemis de Roland, était le plus dangereux et le plus acharné ; le plus dangereux, parce qu'il avait le plus de places à donner, le plus acharné, parce qu'il était le plus ingrat : nous avons nommé Pache.

Les sujets de récriminations ne manquaient pas contre le ministre de la guerre. La correspondance de tous les généraux sans exception était remplie de plaintes sur son incurie, sur l'incapacité et les déprédations de ses agents , choisis parmi les plus fervents Jacobins.

Le 10 décembre, on venait de lire une lettre des commissaires de la Convention en mission à Nice ; ils donnaient, concernant l'administration militaire, les plus déplorables détails; tout manquait aux soldats, fourrages, vivres , habits , souliers. Amar demande que les commissaires ordonnateurs et leurs subordonnés, coupables de friponneries, éprouvent toute la rigueur des lois. « Ce n'est pas , » s'écrie Buzot, qui cette fois encore s'est

4. Journal des débats de la Société des Jacobins, n* 349, séance du \% décembre.

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