Voir t. IV, p
le 22, à trois heures après midi. Aussitôt le général, sous prétexte que la ville libre a donné des secours et servi de refuge aux: émigrés français, se déclare autorisé à la traiter en ennemie. Il exige, à titre de réparation et sous la menace d'une exécution militaire, une contribution de deux millions de florins. Dès le 23, on lui verse un à-compte de 300,000 livres. Neuwinger fait afficher une proclamation pour tranquilliser le peuple et la bourgeoisie qui ne doit point « s'inquiétef* d'une contribution, pesant uniquement sur les aristocrates laïques et ecclésiastiques du territoire de la République. » La régence de Francfort ayant tenté une démarche afin d'obtenir le désaveu de la conduite du général Neuwinger, Custine consent d'abord à réduire la contribution de deux millions h un million de florins. Mais bientôt, apprenant que les magistrats cherchent l'argent demandé au moyen d'une imposition générale, il accourt en personne, « afin, dit-il, de punir l'aristocratie de la richesse. » Il rétablit le chiffre primitif de la contribution forcée, saisit 14 millions déposés dans deux maisons de banque appartenant aux Autrichiens et aux Prussiens1, et lance une nouvelle proclamation : « Franctortois ! je vous apprends que l'homme riche seul payera cette contribution, et que tout homme qui n'a pas une propriété de 30,000 florins en sera dispensé... Je suis venu en Allemagne pour offrir au peuple l'alliance de la République française , et faire connaître aux oppresseurs que les Français, devenus libres, n'ont qu'un désir, ne forment qu'un vœu, celui de protéger le
\ . Lettre de Custine, du 29 octobre, au Moniteur et aux Débats.
LITRE XIX. If
feible et de faire sentir à l'homme injuste dans l'ôpulencd, que les hommes, nés égaux en droit, ne doivent pas porter le joug de l'homme riche. »
Ces excitations, destinées à armer les Allemands les uns contre les autres, n'eurent qu'un très-médiocre succès. Custine harangua lui-même la populace du faubourg de Saxen-Hausen, et ne put obtenir d'elle la plantation d'un arbre de la liberté. Mayence, bien que très-fortement travaillée par les clubistes, ne se prononça pas pour l'adoption des institutions françaises. La principale communauté de cette ville, le corps des marchands, osa même, l'armée française étant présente, émettre le vœu de conserver l'union avec l'empire et le gouvernement électoral mitigé par une intervention plus influente des états.
Custine, nous l'avons déjà fait remarquer, avait complètement mis de côté le plan que le ministre de la guerre lui avait tracé en séparant son armée de celle de Biron. Par suite de l'inexécution de ce plan, le roi de Prusse et le landgrave de Hesse avaient pu, une fois sortis du territoire français, regagner Coblentz sans être inquiétés. La faute était grave; Custine, afin qu'elle ne lui fût point reprochée, se hâta d'en rejeter la responsabilité sur Xellermann, qui n'avait pu agir seul , ayant trop peu de troupes à sa disposition. Le 30 octobre, il expédia, de son quartier général de Mayence, une longue lettre qui commençait ainsi :
« Citoyen président, « Dans une république, la vertu, les talents doivent avoir seuls des droits à la confiance; il est du devoir
tO HISTOIRE DE LA TERREUR.
de tout citoyen de manifester la vérité, de faire connaître l'incapacité de l'homme chargé de fonctions publiques et plus encore, de la conduite des armées, et, si le hasard ou la valeur des troupes ont donné quelques succès à un général, ils ne doivent point servir de voile à son impéritie ou sa lâcheté. C'est dans ces principes que je dénonce Kellermann indigne du nom de général , plus indigne encore de diriger les forces de la République. »
Quand la dénonciation de Custine fut lue à la Convention, le k novembre, Jean Debry demanda xque la correspondance entre les deux généraux ne fût point publiée, « car cette publicité intempestive pourrait nuire singulièrement aux succès des opérations ultérieures. » Cette proposition fut appuyée par Kersaint et Carra, et toutes les pièces de l'affaire furent renvoyées à l'examen des comités de sûreté générale et de la guerre réunis. Mais le pouvoir exécutif, qui croyait n'avoir rien à refuser au général de l'armée de Mayence, n'hésita pas à prononcer le jour même le rappel de Kellermann 4.
Celui-ci, au moment où cet ordre lui était expédié, mandait au président de la Convention nationale que
4 . Voici le texte même de l'arrêté du Conseil exécutif, séance du 4 novembre 4792.
« Le Conseil exécutif considérant le peu de disposition qu'a mon- « montré le général Kellermann pour marcher avec les troupes qu'il « commande suivant les ordres qu'il en a reçus, ainsi que l'opposi- « tion qui se trouve entre lui et le général Custine, arrête que le « général Kellermann sera invité à venir à Paris s'expliquer sur tout « ce qui s'est passé.
« Roland, Monge, Lebrun, Claviers, Pache, Garât, Grouvelle, secrétaire. »