‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 99 sur 279 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

quel tout homme a le droit de s'élever et de s'armer. Elle est un de ces attentats que l'aveuglement même de tout un peuple ne saurait justifier. Ce peuple est criminel envers la nature par l'exemple qu'il a donné. Tous les hommes tiennent d'elle la mission secrète d'exterminer la domination en tout pays. On ne peut régner innocemment* La folie en est trop évidente; tout roi est un rebelle et un usurpateur. »

À son raisonnement de fanatique, le jeune orateur mêle des insinuations perfidement calculées contre ses adversaires politiques. Fidèle au procédé de celui qu'il a pris pour guide et pour modèle, il dénonce aux soupçons populaires tous ceux qui auraient l'audace de ne pas partager son opinion.

« Presque tous ici, nous suivons dans cette circonstance nos vues particulières ; nous nous divisons et nous ménageons un tyran. Je ne perdrai jamais de vue que l'esprit avec lequel on jugera le roi sera le même que celui avec lequel on établira la République. La théorie de votre jugement sera celle de vos magistratures et la mesure de votre philosophie; dans ce jugement sera aussi la mesure de votre liberté dans la Constitution. »

Puis, tournant en dérision les efforts de ceux qui pourraient chercher à émouvoir les Français en faveur du malheureux Louis XVI, Saint-Just fait d'avance le procès à ceux de ses collègues qui reculeraient devant le régicide. « On cherche à remuer votre pitié; on achètera bientôt des larmes comme aux enterrements de Rome ; on fera tout pour nous intéresser, pour nous corrompre même. Peuple, si le roi est jamais absous, souviens-toi

que nous ne serons plus dignes de ta confiance et que tu pourras nous accuser de perfidie ! »

L'évèque constitutionnel du Calvados combat la thèse de Saint-Jusl; mais, pour faire accepter ses paroles de clémence, il se croit obligé de sacrifier aux passions du jour. Son langage semble plein de dédain; sa pensée, au fond, est généreuse et politique. Son point de vue aurait dû être celui de tous les républicains sincères, s* ils avaient eu la saine appréciation du passé, la véritable intuition de l'avenir.

« Laissons vivre Louis XVI, s'écrie Fauchet, pour qu'il soit un témoignage vivant de l'exécration vouée à la royauté. Tant que l'idée monarchique reposera sur sa tête, les aristocrates ne se rallieront pas à lui, car ils le méprisent et le haïssent à cause de sa faiblesse. Mais si nous l'envoyons au supplice, nous donnons aux conspirateurs de nouvelles armes. L'idée de la royauté replacée sur la tête d'un jeune enfant innocent a de bien meilleures chances de faire des prosélytes ; la conservation de Louis parmi nous sera le tombeau des espérances factieuses... Le supplice du roi servira-t-il du moins à intimider les conspirateurs puissants? Croyez-vous, par cet exemple, arrêter celui qui a l'ambition de ceindre la couronne? La domination sera longue, se dit-il, la mort courte; marchons à l'empire! »

Enfin , revenant sur l'argument décisif déjà présenté par Morisson et sur la phrase malheureuse échappée à la plume de Montesquieu, Fauchet termine ainsi son discours :

« Je défie que l'on me cite une loi antérieure au

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