Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits
Nous venons d'assister à l'inauguration du nouveau règne; la rue dicte ses lois à la royauté et à la représentation nationale. De Tédifice que les législateurs de 1791 croyaient avoir si habilement construit, que reste-t-il au 1" juillet 1792? La masse est encore debout, mais de sourds craquements révèlent les déchirements intérieurs de ses parties mal jointes ; on pressent qu'elle ne tardera pas à s'effondrer sur elle-même.
Tous les principes de subordination sont anéantis , l'esprit de révolte est érigé en système. Ce ne sont plus les autorités inférieures qui reçoivent des ordres; elles
t HISTOIRE DE i.X TERREUR.
eu donnent. Les simples particuliers, se posant en tribuns populaires, invoquent la Constitution lorsqu'ils croient pouvoir la faire tourner au profit de leurs passions, et la foulent aux pieds dès qu'ils ont intérêt à se débarrasser de ses entraves. Le respect de la légalité, que la Constituante avait déclaré être la base fondamenlale de tout était likre, mi compléteaient étouffé sous les efforts incessants des clubs et des journaux démagogiques. La loi, dont les tables ont été placées partout pour qu'elle soit sans cesse rappelée à la mémoire du peuple, n'est plus qu'une lettre morte que chacun discute, interprète, transgresse, insulte à son gré^.
Dans le sein de TÂssemblée, les tribunes dirigent les débats et exercent une tyrannie de moins en moins
4 . Nous pourrions accumuler les faits pour prouver dans quel mépris étaient tombées la loi et les autorités par elle instituées. On trouvera à la fin de ce volume trois documents qui donnent une idée exacte de la situation des esprits dans ces temps d'anarchie. Le premier émane d'un directoire de département; la défiance contre le pouvoir exécutif s'y cache sous la forme de l'ironie. Dans le second nous voyons la municipalité d'une ville importante (Chartres) refuser d'obéir aux autorités départementales , discuter, proba* blement sous l'inspiration de Brissot, de Pétion et de Sergent, tous trois originaires de cette ville, la légalité d'un acte du pouvoir exécutif. Le troisième fait connaître jusqu'à quel point de simples individus pouvaient impunément pousser l'insolence vis-à-vis des pouvoirs constitués. Il a cela de remarquable qu'il nous montre Robespierre jeune prenant à Ârras, avec toute la fougue de son caractère, le rôle de tribun que son frère devait jouer d'une manière plus cauteleuse à la barre de l'Assemblée législative durant toute la période qui sépare le 10 août de la réunion de l'Assemblée conventionnelle.