‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 2 sur 267 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

contestée; elles encouragent ou i»vectivent les orateurs, les poursuivent'jusque sur leurs bancs de leurs acclamations enthousiastes ou de leurs huées sinistres.

Si le drame immense de la révolution peut être comparé aux tragédies grecques , dont les' héros s'entr'égorgent, poussés par l'irrésistible Destin, les tribunes y jouent le rôle des chœurs de Sophocle et d'Euripide ; elles participent à l'action , elles mêlent leur voix à celle des acteurs principaux , elles distribuent le blâme ou l'éloge aux personnages placés sur le devant de la scène, elles accompagnent de leurs imprécations le départ des victimes, qu'attend le bourreau, ce représentant de la fatalité antique.

Qu' est-il besoin de raconter en détail les dernières tentatives faites par quelques hommes courageux pour arrêter dans son cours le flot révolutionnaire, de décrire une à une les scènes scandaleuses dont l'Assemblée législative était journellement le théâtre? De ces tentatives , de ces scènes , contentons-nous de mentionner celles qui eurent une influence décisive sur la marche des événements ; voyons comment chaque eflbrt des constitutionnels tourna contre eux, et comment chaque arme légale fut brisée entre leurs mains, à mesure qu'ils essayèrent de s'en servir.

Le lendemain du brusque départ du général La Fayette, le ministre de la guerre Lajard transmit à rÂssemblée

une lettre du maréchal Luckner, qu'un courrier extraordinaire venait de lui apporter. Cette lettre, datée de Menin, 28 juin, contenait des protestations de dévouement absolu à la royauté constitutionnelle, et constatait un parfait accord avec un général « qui avait acquis le droit de faire entendre sa voix toutes les fois qu'il s'agissait de liberté. »

La date de la lettre de Luckner coïncidait avec celle de l'arrivée de La Fayette à Paris, mais les événements avaient marché plus vite que le courrier. On avait espéré un coup de théâtre, qui manqua totalement; la droite dut demeurer Silencieuse, et la gauche put renouveler ses dénonciations contre les généraux qui colportaient parmi leurs troupes des pétitions inconstitutionnelles.

A l'appurde ces dénonciations, qui jusqu'alors étaient restées dans le vague, Gensonné dépose sur le bureau du président une lettre écrite par un officier de l'armée du Nord, dans laquelle l'ex-constituant Charles Lameth est accusé d'avoir provoqué dans sa division une adresse improbative des derniers événements. En vain Mathieu Dumas s'écria que l'on désorganise l'armée ; la dénonciation signée par Gensonné est renvoyée à la commission des Douze*.

^ . Nous avons retrouvé le texte même de la dénonciation de Gensonné; elle consiste dans un simple extrait de la lettre qu'il lut à l'Assemblée et qu'il se contenta de cortifier. Cet extrait se trouve au Moniteur du 1" juillet, p. 759.

Nous avons également retrouvé la réponse que Charles Lameth fit à cette dénonciation aussitôt qu'elle parvint à sa connaissance; elle est aussi noble qu'explicite. Nous la donnons à la fin du volume.

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