LIVRE VI. Î
a Puisqu on veut, ajoute Guadet, interroger le maire de Paris sur la question de savoir s'il a les moyens suffisants pour maintenir la tranquillité dans la capitale , je propose que le pouvoir exécutif soit invité à faire connaître s'il répond de maintenir la sûreté de l'empire. »
« Et moi, je demande, s'écrie le montagnard Choudieu, que le Corps législatif déclare s'il peut ou non sauver la patrie. » — Murmures à droite. — « Je dis que ceux-lk qui n'ont pas eu le courage de regarder en face un soldat factieux ne sont pas faits pour s'occuper des grandes mesures qu'exige, dans ce moment, le salut de l'État; je dis que ceux qui ont craint le pouvoir d'un homme parce qu'il disposait d'une armée...»
La droite, à cette insolente accusation, interrompt violemment l'orateur; Girardin s'écrie : « De deux choses l'une : ou la majorité de l'Assemblée avoue ce que vient de dire M. Choudieu, ou elle doit l'envoyer à TAbbaye. — Eh bien ! j'irai à l'Abbaye, s'il le faut, pour le salut de mon pays , réplique le fougueux orateur. Je me résume, et je demande que l'Assemblée déclare qu'elle ne peut sauver la patrie. » ,
Les applaudissements , les hurlements , les rappels à l'ordre, les injures s'entre-croisent, lorsque l'apparition, à la barre, du procureur-général-syndic du département vient tout à coup interrompre le tumulte. Roederer rend compte de l'état de surexcitation dans lequel se trouve Paris : « L'insurrection est prête, et la section des Quinze-Vingts a décidé qu'elle la commencerait à minuit par le tocsin et la générale, si l'Assemblée n'avait pas auparavant voté la déchéance. Cepen- II u
dant des mesures oot été prises, des réserves ont été établies au Carrousel et sur la plaœ Louis XV... fia un mot, dit en terminant le procureur^-généralnsyndic, nous croyons qu'il y a sur pied une force suffisante pour imposer, peut-^tre, à ceuic qui , par un faux zèle ou par mauvaise intention , voudraient troubler la tranquillité publique. »
L'Assemblée ne s'arrête point au mot peut^tre, ni à la qualification de « foux zèle » donnée à l'arrêté insurrectionnel de la section des Quinze-Vingts; elle vient de recevoir une lettre de Mandat qui lui répond de la garde nationale; elle croit pouvoir se fier aux protes* tations que les chefs de la milice parisienne ont reçues do leurs subordonnés , elle ne veut écouter ni Vaublanc qui la supplie d'ordonner le départ immédiat des fédé* rés<. ni Aubert^Dubayet qui propose de se mettre a leur tète pour les arracher aux séductions de Paris et les conduire à la frontière; elle croit avoir pourvu à tout en acceptant le projet d'adresse que lui présente Condorcet, au nom de la commission extraordinaire , et qui donne au peuple, sur l'exercice de sa souveraineté, les leçons les plus savantes, les conseils les meilleurs, mais hélas les plus inutiles ! On n'eut pas le temps d'imprimer cette adresse, ou si elle put être imprimée pendant la nuit, elle servit de bourre aux fusils des Marseillais^.
1. Cette adresse était accompagné d'un « rapport préparatoire sur la discussion de la question de la déchéance. » Journal des Débals et Déçret9,n'' \Z^, p. 349. L'Assemblée en décréta l'impression et décida que l'examon en serait foit vingt-quatre heures après la distribution. Logograpke, p. 432.) Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu retrouver io texte de ce rapport.