On lit dans V Histoire de la Révolution, par M. Michelet
« Je ne connais aucun événement des temps anciens ni modernes qui ait été plus complètement défiguré que le 40 août, plusaitérédans ses circonstances essentielles, plus chargé et obscurci d'accessoires légendaires ou mensongers.
« Tous les partis, à l'cnvi , semblent avoir conspiré ici pour exterminer rhisloire, la rendre impossible, l'enterrer, l'enfouir, de façon qu'on ne la trouve même plus.
« Plusieurs alluvions de mensonges, d'une étonnanle épaisseur, ont passé dessus. Si vous avez vu les bords de la Loire, après les débor-
des erreurs accréditées depuis soixante-dix ans, des faux matériels glissés comme autant de pièges dans chaque document officiel.
On possède mille récits, complets jusqu'à la minutie, de tel ou tel fait de l'histoire de France, qui, considéré en ses causes ou en ses résultats, n'est digne que d'une mention très -brève. Mais si certains incidents de la nuit du 9 au 10 août ont été cent fois racontes, on est resté dans la plus complète ignorance sur la manière dont, au sein des sections et à l'Hôtel de Ville, s'est préparé et consommé le renversement de la plus vieille monarchie de l'Europe moderne. Les seuls documents que
déments des dernières années, comme Ja terre a été retournée ou ensevelie, les étonnants entassements de limon, de sable, de cailloux, sous lesquels des champs entiers ont disparu, vous aurez quelque faible idée de l'état où est restée l'histoire du 10 août.
« Le pis, c'est que de grands artistes, ne voyant en toutes ces traditions, vraies ou fausses, que des objets d'art, s'en sont emparés, leur ont fait l'honneur de les adopter, les ont employées habilement, magni- Oquement, consacrées d'un style éternel. En sorte que les mensonges qui jusque-là restaient incohérents, ridicules, faciles à détruire, ont pris, sous ces habiles mains, une consistance déplorable, et participent désormais à l'immortalité des œuvres du génie qui malheureusement les reçut.
« Il ne faudrait pas moins d'un livre pour discuter une à une toutes ces fausses traditions. Nous laissons ce soin à d'autres. »
Il n'y a rien à ajouter à ce que dit si éloquemment M. Michelet: seulement l'illustre écrivain, après avoir si bien entrevu ce qu'il fallait faire, ne l'a pas fait; il est tombé dans les mêmes f^iutes que ses devanciers; il a dédaigné de se livrer à T ingrate et très-pénible comparaison d'innombrables documents incohérents, mensongers, falsifiés. Nous avons cru ne pas devoir reculer devant cette tâche. Avons-nous réussi à en dégager la vérité ? Nous l'espérons.