LIVRE Yïi. â4o
les historiens aient consultés jusqu'à présent sont tronqués, mutilés, falsifiés à plaisir; et cependant le mensonge a*a pas été si bien ourdi que la vérité ne perce à travers le tissu serré du linceul dans lequel les vainqueurs avaient voulu l'ensevelir à jamais^.
Cette unanimité des sections se levant comme un seul homme pour renverser la monarchie constitutionnelle, nous verrons qu'elle n'a jamais existé; cette liste de trois cents prétendus « délégués du peuple en insurrection, » dont on a si souvent parié, nous verrons qu'elle est fausse; ces pleins pouvoirs « remis par le peuple » entre les mains de ses sauveurs, nous verrons comment ils furent obtenus et par qui ils furent donnés; à ces descriptions de luttes gigantesques oîi l'on nous représente des masses profondes montant héroïquement à Passant des Tuileries, nous opposerons purement et simplement le chiffre des morts et des blessés. Alors, à travers les expressions ambiguës, les réticences calculées, les exagérations emphatiques des procès-verbaux officiels^ chacun pourra lire couramment ce que nous avons eu tant de peine à déchiffrer, se convaincre de la monstrueuse usurpation des uns, de
4 . Le mensonge officiel, fabriqué par une seule plume, peut tromper rtiistoire et devenir vérité à force d'audace et d'impudence. La chose est plus difficile si les menteurs sont multiples. Or, pour la nuitdu 9 au 10 août le mensonge eut quarante-huit organes dans les quarante-huit sections de Paris. C'est en analysant les procès-verbaux de chacune de ces sections, en arrachant, tantôt à l'un, tantôt à l'autre de ces documents, un aveu, une contradiction, que nous nous sommes efforcé d'aboutir à une synthèse s'approchant aussi près que possible de ce que nous croyons être la vérité.
la coupable connivence des autres, de rimprévoyance de ceux-ci, de la lâcheté de ceux-là.
Armons-nous donc de courage et pénétrons résolument dans ce dédale.
Les plus violents des agitateurs auraient voulu que l'insurrection commençât dès le 8 août au soir; ils essayèrent de la proclamer aux Jacobins*, mais leur ardeur fut arrêtée par les prudents, et le « grand acte » dut être suspendu jusqu'à Theure indiquée par la section des Quinze- Vingts comme le « terme extrême de la patience populaire. » La journée du 9 fut donc entièrement employée de part et d'autre en préparatifs soit d'attaque, soit de défense.
Pendant que les sections les plus révolutionnaires assuraient les Quinze-Vingts de leur concours, d'autres, comme celles dos Thermes-de-Julien, du Roi-de-Sicile et du Jardin-des-Plantes, protestaient et notifiaient courageusement leurs protestations à l'Assemblée nationale, au déparlement, à la municipalité et aux autres sections. Celle du Roi-de-Siciie surtout se montrait ouvertement hostile à l'insurrection projetée; rappelant la loi qui interdisait aux sections de prendre des arrêtés et de disposer de la force armée, elle adjurait la population de Paris de ne point se laisser entraîner à la violation de la Constitution.