Récit de Pétioii lui-même
2. Nous suivons, pour tous les événements qui se- passèrent aux Tuileries dans la nuit du 9 au 40 août, les récits de Rœderer, procureur-général-syndic; de Dejoly, ministre de la justice; de Pétion, maire de Paris, et de J. J. Leroux, officier municipal ; tous quatre témoins oculaires. (Voir la notp à la fin du volume.) Nous avons naturellement contrôlé ces récils les uns par les autres.
Il 45
maire dqqt j) qy^ît réclamé la préspqçe, lui écnyait sur la table môme du conseil. En ce mpmeqt, Pétion suryient, accompagné de plusieurs officiers naunicipaux, notamment de MM- Boucher-René, Borie et Therrin. Le roi ipterpeUe le maire avec brusquerie : « Il paraît qu'il y a beaucoup de mouvement? » — i^ Oui, sire, répond Pétiou , la fermentation est grande. » Il ajoute quelques phrases banales sur le zèle qu'il a mis à venir, dans ce moment décisif, veiller en personne à la sûreté du roi et de sa famille. A ces protestatiops de dévouement, Louis XVI répond d'une . manière affectueuse. Pétion se hâte de rompre l'entretien et se dirige vers la porte, SQus prétexte d'aller visiter les postes iuténeurs et extérieurs ; mais, au moment de sortir, il se trouve face à face avec Mandat.
Le loyal soldat arrête l'hypocrite magistrat et lui demande pourquoi les administrateurs de police refusent des cartouches à la garde nationale, pendant qu'ils en délivrent aux Marseillais. — « Vous n'étiez pas en règle pour en avoir. » — Mandat insiste, Pétion s'embarrasse de plus en plus dans ses réponses évasives; le conunandant général lui coupe la parole : « Je p'ai que quatre coups à tirer, et encore un grand nombre de mes hommes n'en ont-ils pas un seul; mais c'est égal, je réponds de tout, mes mesures sont bien prises. »
Pétion, se souciant fort peu de continuer un dialogue ainsi engagé, se retourne vers Rœderer : « Ne venezvous pas avec moi? lui dit-il; il fait étouffant ici, je vais descendre pour prendre l'air. » Le procureur-général-syndic, qui attend des nouvelles de ses collègues du
t-lVRE yil. «27
département, s'excuse de ne pouvoir s'éloigner en ce moment. Pétion s'esquive, descend le grand escalier et, sans donner une parole d*encouragement à la garde nationale, inspecte les jardins et les cours, se dirige tout doucement vers l'Assemblée, espérant se faire réclamer par un décret. Mais , comme les représentants sont trop peu nombreux pour rien décider, il se voit obligé , par convenance, de retourner vers le Château; il se garde bien de remonter dans les appartements, et reste sur la terrasse, attendant avec anxiété l'heure de la délivrance.
Abandonnons Pétion à ses rêveries et parcourons la ville. La nuit est splendide, et soq calme magnifique fait un étrange contraste avec le trouble des âmes. Dans tous les quartiers, les habitants, sur le pas de leurs portes, s'entretiennent des événements du jour, de l'insurrection annoncée à heure fixe, de la déchéance que l'Assemblée a refusé même de mettre en discussion. Les opinions sont naturellement très-divisées, on discute avec la plus vive animation, mais personne ne bouge.
Au faubourg Saint -Antoine l'agitation est plus forte que dans le reste de la ville, mais il est impossible de prévoir encore si elle aboutira à un mouvement insurrectionnel. La grande rue est tout entière illuminée, les groupes sont nombreux , surtout vis-à-vis des Enfants- Trouvés, où la section des Quinze-Vingts tient séance. Les agitateurs y tonnent contre l'Assemblée nationale.
qui a affecté de ne pas se préoccuper du délai fatal qu'ils ont daigné lui impartir avant de s*insurger. Des individus, se prétendant délégués par diverses sections , viennent promettre aide et assistance à leurs frères des Quinze- Vingts^; ils sont naturellement accueillis avec enthousiasme.
Osselin, l'un des municipaux révolutionnaires, se présente au nom du conseil général ; comme il parle assez vaguement du maintien de la tranquillité publique et du respect de la loi, on sent qu'il ne prétend point condamner l'insurrection projetée ; on le laisse donc discourir, mais on ne l'écoute pas 2.
4. Le procès-verbal de la section des Quinze- Vingts, en date du 9 août (voir ï Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XVI, p. 407], donne les noms de treize sections dont les délégués vinrent faire acte d'adhésion aux arrêtés antérieurs pris par elle; mais en consultant les procès-verbaux de ces sections, nous avons pu constater que le fait est faux pour plusieurs d'entre elles. AuCune trace de ces adhésions ne se trouve notamment dans les procès- ver baux de TArsenal, de Popincourt et de Montreuii, dont les registres étaient tenus très-régulièrement. Diverses sections envoyèrent des émissaires au faubourg Saint-Antoine^ les unes pour savoir ce qui se passait, les autres même pour prêcher la concorde et la paix. Ces conseils ayant été fort mal accueillis , quelques-uns de ces émissaires, outrepassant étrangement leurs pouvoirs, modifièrent tout à fait leur langage pour complaire aux amis de Santerre, et revinrent ensuite reporter à leurs commettants les paroles belliqueuses qu'ils avaient reçues en échange de leurs harangues pacifiques. (Voir le rapport Blondel que Ton trouve à la page 366 dn ^*' volume de la 2* série de la Revue rétrospective j et le procès-verbal de la section de la Fontaine-de- Grenelle, que nous donnons à la fin de ce volume.)
2. Voir dans le Journal des Débats et DécrelSy p. 442, et dans le Logographe,^. 12, supplément au t. XXVI, le rapport qu Osselin fit à la barre de l'Assemblée nationale.