LIVRE VII
Des fédérés annoncent qu'ils vont se réunir sous les drapeaux du faubourg Saint-Antoine pour défendre et sauver la patrie; d'autres, joignant l'action aux paroles, arrivent tant à pied qu'en fiacre. On les accable de témoignages de sympathie.
Ces adhésions, plus ou moins factices, plus ou moins nombreuses, ne font pas illusion aux meneurs. Ils sentent que le mouvement ne s'accentue ni ne se développe. En effet, à l'exception de cinq ou six sections trèsfortement engagées dans le mouvement révolutionnaire -(les Lombards, les Gravilliers, Mauconseil, les Gobelins, le Théâtre-Français et le faubourg Poissonnière), toutes les autres hésitent ou se déclarent énergiquement contre le projet des Quinze-Vingts.
La plupart des sections ouvrent leurs séances entre huit et neuf heures du soir, et commencent par entendre la lecture de la lettre municipale, dont nous avons parlé. Le meilleur accueil est fait à cet appel à la concorde, ainsi qu'aux délégués qui viennent le soutenir*.
Dans la section Grange-Batelière, on est si éloigné d'approuver les menaces des Quinze-Vingts qu'un membre propose de présenter une adresse à l'Assemblée nationale pour lui témoigner l'indignation que les citoyens ont éprouvée en apprenant que, la veille, des représentants du peuple ont été outragés. Mais cette section peut être taxée d'aristocratie; il n'en est pas de même de celle de
4. Procès-verbaux des sections du Louvre, de l'Oraloire, du Ponceau, de la place Vendôme, de Montreuil, de Popincourt.
la Fontaine-de-6renelle. Depuis que ses principaux liabitants ont émigré ou se cachent , elle est menée par de petits commerçants, que le mauvais état de leurs affaires a rendus furieux, et s'est souvent distinguée par son exagération démagogique. Apprenant que les Quinze- Vingts persévèrent dans leur arrêté du â, elle leur envoie des commissaires, pour <( leur démontrer les dangers qui peuvent résulter de la démarche qu'ils se proposent de faire cette nuit». Dans le faubourg Saint-Jacques, on ne se montre guère mieux disposé à s'insurger; si la section des Gobelins manifeste, comme toujours, des opinions franchement révolutionnaires, Sainte-Geneviève, le Jardin-des-Plantes et l'Observatoire restent parfaitement tranquilles. Aux invitations pressantes que les Gobelins adressent à leurs voisins de Sainte-Geneviève, ceux-ci répondent qu'ils n'ont point reçu les ordres d'Acloque et qu'ils se conduiront exclusivement d'après les indications de leur chef de bataillon , dont les opinions modérées sont bien connues. Montreuil et Popincourt ne paraissent pas non plus vouloir seconder leurs frères du faubourg Saint-Antoine dans leurs projets insurrectionnels*.
Cependant les Quinze-Vingts dépêchent des affidés dans tout Paris pour répandre et appuyer leurs arrêtés. Les meneurs de Mauconseil^ des Lombards et du Théâtre -Français expédient également, d'heure en
4 . Osselin, dans son rapport à TÂssemblée, déclare qu'il a trouvé à Montreuil six cents citoyens qui l'ont écouté dans le plus grand silence, et qui ont accueilli avec faveur la circulaire pacifique do la municipalité; à Popincourt, il a trouvé les môme^ sentiments.
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heure, des « frères et amis » pont opéret tiae pression incessatite sur toutes les séctîoiis^, Néatitnolhs, beaucoup d'entre elles rëpoussebl ces appels â riusUrrectiou, quelques-udes lèvent leur séance à l'heure accoutumée 2, persuadées qu'il tte peut rien se passer d'extraordinaire^ ou ne voulant se mêler de rien*.
Les chefs de l'insurrection avaient longtemps hésité entre deux projets. Les meneurs du faubourg Saint- Antoine voulaient faire du local ordinaire du comité des Quinze-Vingts le point central de la réunion des commissaires des quarante-huit sections ^. Les meneurs des sec-
4 . Beaucoup de procè^yerbaux mentionnent l'arrivée des délégués de Mauconseil, des Lombards et du Théâtre-Français, aussi bien que des Quinze-Vingts, qui demandent et obtiennent l'autorisation d'assister aux séances des sections suspectes de modérantisme.
2. L'heure de la levée de la séance est précisée dans plusieurs procès-verbaux. La section du Temple leva sa séance à neuf heures et demie; celles de l'Oratoire et de la place Vendôme, à dix heures; celle du Louvre, à onze heures et demie.
3. Voir, à la fin de ce volume, le résumé que nous avons fait des procès-verbaux de chacune des quarante-huit sections, et les extraits que nous avons donnés des délibérations qui nous ont paru les plus importantes.
4. On lit dans le procès-verbal de la section des Arcis (séance du 9 août au soir) :
«Â l'instant est arrivé un citoyen du faubourg Salnt-Àntolnd, qui a remis sur le bureau une délibération de la section des Quinze- Vingts en date du 4 du présent mois , demandant entre autres choses, que
lions du centre de Paris voulaient que le rendez-vous des commissaires fût à l'Hôtel de Ville même. Par un sentiment de jalousie facile à comprendre, ils répugnaient à paraître subordonnés aux Quinze-Vingts. Le reste du programme était le même partout : on devait déclarer bien haut que les commissaires auraient « mission de s'entendre avec la municipalité sur les moyens d'entretenir le calme et la tranquillité, sans pouvoir s'immiscer d'aucune manière dans les fonctions municipales*;» on leur donnerait tout bas le mandat d'arracher une à une, au conseil général de la commune, les décisions indispensables à la désorganisation de toute résistance, sauf à briser les autorités légales lorsqu'on n'en aurait plus que faire.
Comme nous l'avons vu, par de fréquentes convocations extraordinaires et surtout par l'institution du comité central de correspondance , on avait habitué les sections à envoyer à l'Hôtel de Ville des délégués délibérer sur toute espèce d'objets. Pour le 10 août précisément^, la commune les avait invitées à nommer des mandataires pour concourir k la discussion d'un projet relatif k la formation d'un camp sous Paris et aux moyens de défendre la capitale en cas d'invasion. Légalement permanentes,
deux commissaires fussent nommés par la section, lesquels se réuniraient aux commissaires nommés parles autres sections assemblés aux Quinze- Vingts , pour délibérer conjointement sur les circonstances. »
1. Nous copions textuellement l'arrêté pris le 7 août par la section Mauconseii. Voir à la fin de ce volume.