‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 130 sur 267 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

de la conserver, il laisse les tribunes conduire les débats. Celles-ci ne se font pas faute d'invectiver ceux des municipaux qui osent opposer quelque résistance aux motions incendiaires émises à chaque instant. Le scandale devient si grand que l'officier municipal J.-J. Leroux, après avoir plus d'une fois vainement prié le président d'imposer silence aux interrupteurs , se tourne lui-même vers les tribunes et les apostrophe ainsi :

' « Si vous êtes dans l'intention d'exé<îuter vos menaces, vous êtes en force; descendez et sacrifiez vos magistrats; ils sont à leur poste; mais si vous êtes incapables d'un crime, sachez porter au conseil le respect que vous lui devez. »

Tant de courage réduit pour un instant les tribunes au silence, mais les menaces se renouvellent bientôt et de-

9 et du 11 décembre 1792, les deux arrêtés suivants de la section du Panthéon Trançais, à laquelle Cousin appartenait :

« L'assemblée générale et permanente de la section du Panthéon français, considérant que le citoyen Cousin a perdu sa confiance et qu'elle Ta déjà annoncé à tout Paris;

a Arrête qu'elle lui retire les pouvoirs qu'elle lui avait donnes pour la représenter à la municipalité.

« Lardel, président; Damolr, socnMaire.

a L'assemblée arrête qu'elle invite ses commissaires et la commune

provisoire à faire rendre les comptes au citoyen Cousin, dans le plus

bref délai.

« Lardel, président; Damouh, secrétaire. »

Cousin ne périt pas dans la tourmente révolutionnaire, mais il resta en prison pendant toute la Terreur; nous avons retrouvé l'arrêté qui le mit en liberté, il est daté du 30 thermidor, an ii.

viennent de plus en plus vives. Le nombre des hommes à face patibulaire s'augmente à mesure que la nuit s'avance. Le président, s'apercevant que J.-J. Leroux se tix)uve personnellement exposé aux violences des spectateurs, se hâte de l'y soustraire en l'envoyant, avec trois de ses collègues, Lesguillez, André et Desmousseaux, à l'Assemblée nationale pour lui rendre compte de l'état de Paris, et au Château pour retrouver le maire , dont les meneurs commencent à trouver l'absence bien longuet

Tandis que le conseil général continue à s'aflaiblir par suite de missions publiques et peut-être de désertions secrètes, la réunion des soi-disant commissaires des sections commence à faire sentir sa présence. Des communications fréquentes s'établissent entre eux et les représentants légaux de la ville. Le conseil, succombant à la fatigue physique, moralement subjugué par la pression des tribunes et par les suggestions incessantes des commissaires, n'est bientôt plus qu'une marionnette dont le conciliabule insurrectionnel tient les fils et qu'il fait manœuvrer jusqu'à ce qu'il lui plaise d'agir ouvertement par lui-même.

Deux objets essentiels devaient naturellement préoccuper les conspirateurs : être assez forts à l'Hôtel de Ville pour y commander en maîtres, rendre libre le chemin des Tuileries par la désorganisation des plans du commandant général.

Page 1