‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 131 sur 267 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Aussitôt qu'ils se trouvent réunis en nombre à peu près suffisant, les commissaires invitent chacune des sections affidées à leur envoyer vingt-cinq hommes bien armés*. Puis ils établissent une correspondance incessante entre le dedans et le dehors de la maison commune, afin que les complices qui se tiennent sur la place puissent facilement appuyer de là ce qui se prépare à l'intérieur.

Ces premières précautions prises, on ne s'occupe plus que du commandant général et de ses plans.

Nous l'avons déjà dit, Mandat avait établi des postes de gardes nationaux aux têtes de pont, dans le but d'empêcher toute communication entre les deux rives de la Seine, et par conséquent de rendre impossible la réunion des deux courants populaires descendant du faubourg Saint-Antoine et du faubourg Saint-Marceau. Au Pont- Neuf, se trouvait le grand parc d'artillerie de réserve; de là seulement, on pouvait tirer le canon d'alarme. Ce poste important était confié aux gardes nationaux de la section Henri IV 2, dévoués à la cause de l'ordre et commandés par un officier très-solide et très-résolu, le commandant Robert.

Vers le milieu de la nuit, se présente, au terre-plein du Pont-Neuf, un personnage aux moustaches retroussées, à la face sinistre; il porte l'uniforme de sergent de canonniers; des poches de son gilet sortent deux crosses

4. Procès-verbal de la section Mauconseil, à la fin d« ce volume.

2. Voir, à la fin de ce volume, la délibération de cette section, qui dénonce à l'accusateur public le fameux arnHé Mauconseil comme tendant à soulever le peuple contre les autorités constituées.

de pistolet*; trois ou quatre individus d'allures aussi suspectes le suivent. Uhomme aux pistolets déclare au commandant Robert qu'il est chargé par la section Mauconseii de lui .donner communication d'un arrêté qui le requiert de tirer le canon d'alarme 2. Naturellement, le commandant refuse avec mépris de se soumettre à un tel ordre émané d'une pareille autorité et transmis par un semblable délégué. Le sergent de canonniers et ses acolytes sont appréhendés au corps; l'écrit dont ils sont porteurs est saisi et transmis au bureau central de police et, de là, au conseil de la commune.

Mais bientôt surviennent deux officiers municipaux, ceints de leurs écharpes; ils lisent à Robert la pièce suivante :

<{ Le conseil municipal charge MM. Hu et Baudouin, deux de ses membres, de se rendre sur-le-champ au poste de Henri IV et de faire mettre en liberté les quatre citoyens de la section Mauconseil qui s'y trouvent

détenus.

« CoLSiN, doyen d'âge; Royer, secrétaire. »

Le commandant hésite un moment; mais n'osant pas entamer une lutte inconstitutionnelle avec la commune, il se décide à mettre ses prisonniers en liberté ; seulement il se garde bien de tirer le canon d'alarme, et il excite les gardes nationaux qui l'entourent à défendre leur parc

1 . Pour ce qui suit, nous suivons le rapport de Robert, qui s*esl retrouvé dans les papiers de La Chosnaye.

2. Le rapport de Robert est confirmé par le procès-verbal de la section Mauconseil, que Ton trouvera à la fin de ce volume.

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d'artillerie contre n'importe quels assaillants. Se cloutant qu'il ne doit pas être seul exposé aux menaçantes injonctions des insurgés et aux faiblesses du conseil général, il se met en rapport avec le chef du bataillon du quai des Auguslins, Wille, posté au pont Saint - Michel. Celui-ci lui fait répondre qu'il ne demande pas mieux que de remplir son devoir, mais qu'il vient de recevoir la visite du commandant des fédérés marseillais^ et que celui-ci l'a sommé de livrer passiage à sa troupe : « Nous passerons d'une manière ou d'une autre », avait dit à Wille le chef des insurgés. Sur cette nouvelle, Robert se prépare résolument au combat ; il range ses hommes en bataille et fait pointer ses pièces. Soudain reparaissent les deux délégués du conseil général, assistés d'un troisième, d'opinions encore plus prononcées, Osselin; ils sont porteurs d'un nouvel arrêté ainsi conçu :

« Le conseil général, s'étant fait rendre compte de la disposition actuelle des canons sur le Pont-Neuf,

« Révoque et annule tout ordre qui aurait pu être

donné par le commandant général , charge MM . Osselin,

Hu et Baudouin de faire exécuter le présent arrêté et, en

conséquence, de faire rentrer les canons dans le parc

d'artillerie 2.

« Cousin, président; Royer, secrétaire. »

1. Les fédérés marseillais étaient casernes tout près de là, aux Cordeliers, aujourd'hui l'École- de-Médecine.

2. Nous croyons devoir donner la biographie des principaux acteurs du 40 août, voici celle des trois officiers municipaux que nous voyons désorganiser les préparations de défense de Mandat:

Osselin était un homme de loi assez habile, mais peu considéré; il

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Le commandant Robert avait écouté avec la plus vive indignation la lecture de l'ordre qui venait de lui être donné sous le couvert de l'autorité civile ; il le communique aux gardes nationaux et aux canonniers qui l'entourent; tous lui répondent: « Nous maintiendrons nos pièces en batterie tant que sonnera le tocsin. » Les trois officiers municipaux insistent, ils rappellent la loi qui confie la police de la cité au conseil général ; les gardes nationaux , ignor;pnt ce qui se passe à l'Hôtel de Ville, cèdent par un respect aveugle de la légalité et retournent leurs pièces braquées sur la rive gauche. Réduit à l'impuissance, Robert avertit immédiatement le commandant général et lui mande que, si la descente

fut nommé président du tribunal extraordinaire du 47 août, puis député à la Convention. Auteur de la loi sur les émigrés, il devint une des premières victimes de la loi qu'il avait faite; arrêté pour avoir donné asile à une émigrée, il fut condamné à la déportation pendant que la malheureuse comtesse de Charry était envoyée à Téchafaud. Il était depuis huit mois à Bîcêtre en compagnie des forçats, lorsque le comité de sûreté générale eut Tidée de le comprendre dans une conspiration de prison. Amené à la Conciergerie et prévoyant le sort qui Tattendait, il s'enfonça un clou dans la poitrine, sans réussir à se tuer. Le lendemain, il fut traîné tout sanglant au tribunal révolutionnaire, et ensuite à l'échafaud (8 messidor an ii, — 28 juin 1794).

Hu, épicier de son état, fut élu, peu de temps après le 10 août, juge de paix de la section du Panthéon français. Mais, devenu suspect à son tour aux ultra-révolutionnaires, il fut jeté dans les prisons, à la un de 4793, et y resta jusqu'à la mort de Robespierre. .

Bdudouin était l'imprimeur de la Législative, comme il l'avait été de l'Assemblée constituante, comme il le fut de la Convention. Après le 40 août, il se retira prudemment de la politique, et, sachant se plier aux circonstances, il continua à imprimer tous les actes législatif qui lui étaient envoyés.

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