‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 149 sur 267 · LIVRE Vil · texte numérisé non relu

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ciers de garde sont venus me dire que j'étais consigné, que je ne sortirais pas. Je suis donc dans l'impossibilité de vous joindre et je m'en rapporte à votre zèle et à votre civisme pour dire à l'Assemblée nationale ce que l'intérêt de la chose publique exige.

« Le maire de Paris,

« Pétion. »

Au département, il envoie la lettre suivante :

a Le iO août 1792.

« Je ne sais plus, messieurs, où nous en sommes ; depuis trois heures tout a changé de face. La commission centrale des quarante -huit sections s'est emparée de tous les pouvoirs Communaux, donne tous les ordres, a mis la force publique sous^ sa dépendance. J'allais me rendre à l'Assemblée nationale pour lui rendre compte des faits, pour l'engager à prendre, dans sa sagesse, tous les moyens, toutes les mesures que l'intérêt public exige, lorsqu'une force majeure m'a consigné chez moi en me déclarant que je n'en sortirais pas.

a Faites en grâce ce que vous croirez sage et utile dans

cette circonstance.

« Le maire de Paris,

« Pétion. »

On peut le dire sans crainte d'être démenti, dans cette nuit fatale où s'accomplit la passion de la royauté, Pétion cumula le rôle de Judas et celui de Ponce- Pilate. Comme Judas il vint, au commencement de la soirée, donner le baiser de paix à Louis XVI en l'assurant de

son dévouement; comme le gouverneur romain, au lever de Taurore, il proclama Timpuissance dont il s*était frappé lui-même et se lava les mains de tout ce qui allait arriver.

Nos regards se détournent avec dégoût de cet indigne magistrat*; reportons-les vers le Château, où d'héroïques mercenaires s'apprêtent à mourir pour obéir à leur serment.

Le régiment de la garde suisse était la seule force, vraiment organisée , dont il fût permis d'espérer des secours efficaces. Les ministres étaient parvenus à en garder la plus grande partie aux environs de Paris , malgré les dénonciations des clubs ; le reste avait été envoyé en Normandie poJir protéger l'arrivage des grains vers la capitale.

Dès le 4 août , sur un ordre expédié en toute hâte , les Suisses étaient accourus de leurs casernes de Courbevoie et de Rueil , après y avoir enterré leurs drapeaux. Le Château n'ayant point été attaqué dans la nuit du 4 au 5, on les avait renvoyés, afin que leur présence ne servît point de prétexte aux dénonciations révolutionnaires. Mais le 8, vers dix heures du matin, Mandat les rappela pour le lendemain trois heures après midi. Ils trouvèrent, en arrivant à' la barrière, un ordre ainsi conçu : « Laissez passer les Suisses pour renforcer les

4. Les journalistes amis et complices de Pétion expliquèrent ainsi son inaction et sa captivité : <x Le peuple craignant que son magistrat chéri ne partageât ses dangers, voulant, si l'on peut s'exprimer ainsi, mettre en dépôt la loi et son organe le plus respecté, avait entouré M. Pétion d'une garde nombreuse et l'avait consigné chez lui. »

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postes des Tuileries. Pétion. »> Ils arrivèreut à l'heure prescrite. Ils étaient commandés par le lieutenant-colonel de Maillardoz (remplaçant le colonel d'Affry, malade) et par les majors Bachmann et Zimmermann, soldats d'élite sous tous les rapports. Les Suisses étaient à peine 950, et n'avaient pas plus de 30 cartouches par homme^.

La gendarmerie à pied et à cheval était très-peu sûre, comme nous l'avons déjà dit ; elle avait annoncé tout haut l'intention formelle de ne tirer à aucun prix sur le peuple. Les détachements de la garde nationale, qui se trouvaient dans l'intérieur du Château, étaient composés des gardes montantes et descendantes; mais, on s'en souvient, d'après une décision récente de la municipalité, les divers bataillons étaient appelés à fournir chacun un certain nombre d'hommes. Ces détachements étaient donc sans consistance, sans conQance en eux-mêmes ni dans les autres. Mandat, il est vrai, utilisant des réquisitions précédemment données par le maire de repousser la force par la force, avait appelé à lui seize bataillons. Ces seize bataillons formaient sur le papier un ensemble de dix mille hommes, mais il n'en vint pas la moitié, peut-être même pas le quart; et, parmi ceux qui vinrent, combien s'en trouvait-il qui fussent disposés à faire le sacrifice de leur vie pour assurer le triomphe de la légalité?

Pendant toute la nuit, des discussions très-vives et

4. Récit de la conduite des Suisses, par le colonel PfyfFer d'AItishoffen, à la suite des mémoires de Weber, t. II.

très-animées s'étaient établies entre les gardes nationaux (les différents bataillons. On se surveillait, on s'épiait, on cherchait à surprendre dans les conversations, sur les physionomies, quelque indice qui désignât ceux sur lesquels chaque parti pouvait compter.

Les canonniers parisiens étaient l'objet d'une surveillance particulière. Les généraux commandant le Château avaient posté de nombreuses sentinelles qui se promenaient le long dès pièces placées en batterie vers le Carrousel. Car on soupçonnait ceux qui étaient chargés de les servir de vouloir, un peu plus tôt un peu plus tard, faire cause commune avec les insurgés.

Dans la salle du conseil, où était rassemblée la famille rojale, on avait discuté toute sorte de plans, mis en avant toutes sortes de projets, mais sans rien décider. Plusieurs des assistants,, notamment Roederer et Dejoly, regardaient comme insensée toute idée de résistance. Us proposent au roi d'écrire à l'Assemblée législative pour lui demander aide et assistance. Mais on objecte qu'une pareille démarche est indigne de la majesté royale et qu'on doit se borner à envoyer deux ministres faire connaître au Corps législatif le véritable état des choses. Dejoly et Champion de Villeneuve sont chargés de cette mission.

Pendant qu'ils l'accomplissent, on pei*suade au roi que

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