‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 150 sur 267 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

sa présence électrisera les citoyens armés, postés dans les cours et dans le jardin, et qu'il n'aura qu'à se montrer pour réunir toutes les volontés, pour rallier tous les cœurs. Louis XVI se décide à tenter cette démarche suprême. 11 paraît au balcon qui donne sur te Carrousel ; des cris redoublés de : Vive le Roi ! éclatent de toutes parts. Le Roi annonce alors qu'il va se rendre en personne au milieu des braves soldats qui viennent de lui témoigner une enthousiaste fidélité. Des serviteurs dévoués veulent le suivre, il les arrête lui-même en disant : « Restez, messieurs, je ne veux être entouré que de la garde nationale. »

Accompagné de quelques officiers seulement, il commence la revue par les corps stationnés dans la cour royale; il est d'abord reçu avec une vive sympathie*; mais bientôt des cris de : Vive la Nation! se font entendre, en opposition aux cris de : Vive le Roi î Certaines compagnies se taisent; en vain les officiers les invitent à saluer de leurs acclamations le souverain, on leur répond qu'il est défendu de parler sous les armes.

Louis XVI visite successivement tous les postes des cours qui touchent au Carrousel; puis il se dirigé vers le jardin. Au moment oii il y entre, défile devant lui un bataillon du faubourg Saint-Marceau, muni de toute es-

4. Voir la déposition du capitaine des canonniers Langlade dans Y Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XVII, p. 305, et celles des gardes nationaux Fleury et Debrie. Ces dépositions ne peuvent être suspectes, car elles sontfailes dans un sens complètement jacobin. Les deux dernières ont été imprimées par ordre de l'Assemblée dans la Collection des lois (août 1 7921) .

pèce d'armes, poussant toute espèce décris. Des expressions menaçantes sont proférées contre la cour, la reine et le roi lui-même. Louis XVI, avec le courage impassible dont il donna souvent des preuves, le laisse passer et, lorsque le bataillon a pris son poste, va lui-même le visiter^. Continuant sa tournée du côté de la terrasse du bord de l'eau, il se dirige vers le pont tournant. Mais les cris de : Vive la Nation! se multiplient, ceux de : Vive le Roi! deviennent plus rares, et l'on voit même une douzaine d'individus, parmi lesquels cinq à six canonniers, suivre le cortège en hurlant sans cesse : « Vivent les Sans-Culottes! à bas le Veto! à bas le Roi^! »

Ces vociférations sont entendues au Château et retentissent au fond du cœur de la reine; les ministres qui sont restés auprès d'elle, Dubouchage et Bigot de Sainte- Croix, courent chercher le roi, et le ramènent à sa famille éplorée. En le voyant rentrer défait et abattu, la reine dit tout bas à madame Campan : « Tout est perdu, cette revue a fait plus de mal que de bien*! »

En ce moment*, on apprend les premiers événements de l'Hôtel de Ville, la mise en marche de l'attroupement. La porte de l'orangerie, donnant accès au jardin des Tuileries, vient d'être ouverte; le jardin se remplit de bataillons dont les intentions sont douteuses, si ce n'est déjà

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