LIVRE [V
a prétendu légaliser le rassemblement illégal n'a pas été pris par le maire seul, et ne peut dès lors lui être reproché. D'ailleurs l'Assemblée nationale elle-même n'a-t-elle pas montré qu'il était impossible de résister à l'invasion de la foule des pétitionnaires armés, puisqu'elle les a reçus dans son sein? Ayant à Tavance recommandé la surveillance la plus active au commandant général et ne pouvant lui ordonner plus, le maire et les officiers municipaux ne doivent pas être réputés responsables de l'invasion du Château. L'invasion rayant eu lieu, il ne leur était plus possible d'agir pour la repousser violemment, parce que c'eût été compromettre la vie du roi. Pétion a-^-il fait tout ce qu'il devait faire pour mettre un terme au désordre, pour « le tempérer, n'ayant pu le prévenir?» A cette question, Rœderer répond : «... Si j'avais à juger le maire de Paris comme juré, d'après ma conviction intime, je n'hésiterais pas une seconde à l'acquitter honorablement. Je ne puis moins faire pour lui quand je n'ai qu'une voix consultative à émettre sur sa conduite*... 1)
Le 6 juillet, le conseil général du département s'assembla pour prononcer sur les rapports contradictoires de ses commissaires et du procureur-général-syndic. Il avait la conscience de l'immense responsabilité qui allait peser sur lui. Il savait avec quelle indicible impatience tous les partis attendaient son verdict. Il n'ignorait pas
1. Le Moniteur contient, p. 827 el 828, le rapport de Rœderer presqu'en entier. II est encadré dans un discours de Brissot, dont nous parlerons plus loin.
12 IIISTOIUH \)\i LA TIÎKUKIH.
que, s'il adoptait la proposition de ses trois commissaires, il filait attirer sur la tête de chacun de ses membres toutes les colères populaires^, mais il savait aussi qu'il serait responsable de son arrêt devant l'histoire, tribunal suprême des actions et des jugements des hommes.
Ce ne fut qu'après de longs et consciencieux débats que le conseil général du département se décida à prononcer la suspension de Pétion et de Manuel. La délibération, commenci^e de bonne heure le 6, se prolongea jusqu'au 7 à quatre heures du matin 2.
1. Six Romaines plus tard, le vénérable duc de La Rochefoucauld payait de sa vie sa courageuse résistance aux entraînements populaires; il était ép:ori:é, dans les bras de Sci femme et de sa mère, sur la route de Rouen à Paris, par une troupe de forcenés envoyés par la commune insurrectionnelle du 40 août. Nous racont^^rons sa mort avec détail dans un de nos prochains volumes.
2. Le }fonilPtn\ page 803, n' 493, contient le texte de cet arrêté, avec les seules signatures du président et du secrétaire; nous avons retrouvé la minute même de ce monument de courage civil, un des plus beaux que renferme l'histoire de notre pays; elle est signée : La Rochefoucauld, président; Brousse, Anson, Gravier de Vergennes, Levieillard, Germain Garnier, Demeunier, Defauconpret, Dumont, r.efebvre d'Ormesson, Barré, Thouîn, Andelle, Charton, Bailly, Demautort, de .îussieu, Davous, Trudon, Pinorel; Blondel, secrétaire.
Rœderer, en qualité de procureur-général-syndic, fut chargé de notifier l'arrêté du conseil général du département au maire de Paris. Mais, suivant son habitude, il lui écrivit en même temps une lettre officielle et un billet officieux. Le billet est daté de l'heure même où le conseil général venait de rendre son verdict (quatre heures du matin); la missive qui accompagnait la procédure authentique est datée de sept heures après (onze heures). Voici ces deux pièces, que nous avions eu le bonheur de retrouver.
a Monsieur, « J'ai l'honneur de vous adresser le rapport des commissaires rhar-