LIVRE IV
Quelques heures après, le conseil général de la commune était convoqué pour entendre la lecture de l'arrêté
î^<^> do l'examen de rafFaire du tO juin. Ce soir, dès que le conseil aura arrêté le procès-verbal de la séance, j'aurai soin de vous l'adresser; il renferme mes conclusions, mon opinion et les arrêtés préliminaires auxquels mes conclusions ont donné lieu.
« Le procureur-général-syndic du département de Paris,
« ROKDEBER. n
Le billet porto la suscription suivante :
(( A ?no7mPitr Pétion Ud-môme, à la mairie. « Et sur le pli intérieur : « A vouH-rnéme. »
<t Mon ami, je vous félicite; le conseil vient de suspendre le procureur de la commune et le maire de Paris, Je ne vous voulais pas tant de bien, je vous l'avoue ; je vous embrasse. Voilà deux nuits que je passe en blanc. Le conseil se sépare, il est qualre heures du matin. Je ferai imprimerie discours très-précipité que je leur ai lu dans cette affaire, et j'ai fait retenir mes conclusions au procès-verbal. Puissé-je trouver aussi quelqu'un qui me suspende en attendant qu'on nous pende! Roederer. »
L'ami, dans celte occasion, faisait oublier au magistrat la gravité de la situation; il ne voyait dans cette suspension du maire de Paris qu'un texte de plaisanterie, qu'une occasion de triomphe pour Pétion; il désirait partager son sort et voulait être f)endu avec lui. Son dernier vœu fut bien près d'être réalisé. Moins d'un an plus lard, Rœderer était compris, le 2 juin 1793, dans la proscription de Pétion et de ses adhérents; il était obligé de se cacher et ne dut la vie qu'au dévouement de quelques amis. Plus heureux que Pétion, il survécut à la tourmente révolutionnaire, devint comte de l'empire et se reposa sur la chaise cundo du sénateur des tribulations qu'il avait essuyées comme procureur-général-syndic du département do Paris.
départemental et pour élire un maire provisoire. L'officier municipal Borie fut choisi. Ce fut lui qui, à la tête de la députation dont nous avons parlé, vint annoncer officiellement à TAssemblée la suspension du maire et du procureur-syndic.
Pétion fit afficher le jour même dans Paris un avis ainsi conçu :
(c Citoyens,
« Je suis suspendu de mes fonctions. Recevez cette dé- « cision, comme je l'ai reçue moi-même, avec calme et « sang-froid. Bientôt une autorité supérieure prononcera, u et j'espère que l'innocence sera vengée, d'une manière « digne d'elle, par la loi. »
D'après la Constitution, c'était au roi qu'appartenait le droit de confirmer ou d'annuler l'arrêté départemental; mais, par une singulière confusion de pouvoirs, le dernier mot en pareille matière avait été réservé à la législature, qui était ainsi appelée à se prononcer sur la décision royale. De celle-ci, Pétion s'inquiétait peu; mais il comptait sur Vautorilé supérieure et sur la pression que les Jacobins, ses amis, ne devaient pas manquer d'exercer en sa faveur.
Louis XVI s'adressa , lui aussi , à l'Assemblée. Quelques instants auparavant, il était venu sceller la réconciliation des partis ; il crut donner un nouveau gage de sa parfaite bonne foi en remettant aux représentants du peuple le soin de sauvegarder la dignité de la couronne. A peine de retour aux Tuileries, il écrivit au président :