LIVRE VITI
Le flot de la démagogie monte avec une effrayante rapidité, l'Assemblée a de la peine à le suivre. Mais, quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle décrète, elle est toujours dépassée par ceuK qui, ostensiblement ou non, viennent lui imposer leurs volontés désormais indiscutables.
A chaque instant des dénonciations sont faites, à chaque instant on apporte des lettres saisies ou trouvées aux Tuileries. L'Assemblée nationale « autorise le comité de surveillance à prendre des précautions, à donner les ordres que les circonstances lui paraîtront exiger, et même à faire arrêter les personnes dont il croira qu'il importe à la patrie d'examiner la conduite*. »
Il y a une heure à peine que l'Assemblée a décidé que le ministère continuerait provisoirement ses fonctions. Brival demande qu'il soit cassé sans le moindre retard, et Guadet, auquel Gensonné a succédé au fauteuil de la présidence, vient un instant après apporter le décret préparé par la commission extraordinaire sur la nouvelle organisation du pouvoir exécutif. Dans ce projet, la commission des vingt et un montre une certaine modération ; elle ne dit pas un mot des derniers ministres de Louis XVI, et déclare (art. 8) que le gouverneur du
4. Procès-verbal, p. 42. — Plusieurs procès-verbaux prouvent que, dans la journée du 40 août, le comité de surveillance de TAssemblée nationale réclama de toutes les sections de Paris la recherche et la dénonciation des suspects qui pouvaient se trouver dans la circonscription de chacune d'elles.
prince royal sera nommé de la même manière que les nouveaux ministres, c'esl^à-dire par appel nominal et à haute voix.
Brissot ne s'occupe nullement de ce dernier article qui, quoique décrété en principe, ne reçut jamais la moindre exécution ; mais il fait observer qu'avant tout il est indispensable de déclarer que le ministère actuel a perdu la confiance de la nation. Bazire demande que Ton appose tout de suite les scellés sur les papiers personnels àes ministres remplacés. Bientôt on va plus loin ; on craint que, dans la nuit qui vient de s'écouler, les agents du roi n'aient expédié quelque proclamation aux armées de terre et de mer. Pour engager leur responsabilité, on leur fait signer une déclaration formelle que le fait n'a pas eu lieu^. Après quoi on les met en arrestation.
4. Nous avons retrouvé les déclarations de cinq des ministres de Louis XVI :
u Nous avons Thonneur d'assurer à l'Assemblée nationale et de lui
affirmer qu'il n'y a pas eu de proclamation du roi faite et par nous
envoyée à l'armée.
« Dejolt, Bigot-Sainte-Croix, Champion.
< Ce 10 août 1792. • ^
a Je fais serment que je n'ai envoyé aucune proclamation dans les ports ni dans les armées navales.
a Le ministre de la marine,
a DUBOUGHAGE. »
tt J'ai l'honneur d'assurer à l'Assemblée naUonalç que je n'ai lait aucune proclamation à l'armée^ mais qu'il peut avoir été envoyé uo exemplaire de la dernière proclamation du roi, dont un exempkiie a été envoyé à l'Assemblée nationale ; encore je ne l'affirme pas.
a D'Abancourt. »