LIVRE VIII
Paris, dont chaque orateur qui paraît à la barre invoque le nom en réclamant la déchéance immédiate de Louis XVI.
« Les représentants du peuple, s'écrie-t-il, ont fait tout ce que la Constitution leur permettait en indiquant une Convention nationale et en prononçant la suspension provisoire, jusqu'à ce que la Convention, revêtue de la plénitude des pouvoirs que le peuple souverain peut seul dispenser, ait prononcé. Les citoyens qui sont à la barre savent parfaitement que Paris n'est qu'ude section de l'empire ; ils savent parfaitement que les représentants du peuple seraient indignes de la conGance même qu'ils viennent leur témoigner dans le temple de la liberté, s'ils étaient capables de voter par faiblesse une mesure que la loi ne les autorise pas à prononcer... Le peuple peut être égaré, mais il est bon, il reconnaît toujours la vérité lorsqu'on la lui montre. J'espère que les pétitionnaires useront de tout l'ascendant que la confiance de leurs concitoyens leur a donnée sur eux, pour les engager à rester tranquilles, à respecter l'asile des représentants du peuple... Je demande qu'en leur offrant les honneurs de la séance, on les invite à aller rendre compte au peuple de ce qu'ils ont entendu dire à des représentants qui ne sont animés que de l'amour du peuple et de la liberté. »
« Citoyens, dit à son tour le président (Gensonné), soyez confiants dans vos représentants..., allez et portez à vos concitoyens les paroles que vous venez d'entendre*. »
i. Voir le procès-verbal, p. 16, 17;— le Logographe , p. 62.
La préoccupation constante de l'Assemblée était en effet de faire parvenir aux masses les décrets qu'elle ne cessait de rendre ; c'est un des faits les plus significatifs et cependant les moins remarqués de la journée du 10 août. On croirait, à lire son procès-verbal, que la Législative était enfermée dans une étroite prison , d'où elle ne pouvait communiquer que difficilement avec l'immense multitude qui encombrait les abords de la salle de ses séances.
La commune insurrectionnelle l'avait-elle entourée d'une garde invisible? La rupture instantanée de tous les rouages de la machine administrative avait-elle forcément paralysé la transmission ordinaire des décrets? chacun voulait-il se soustraire, en cas de revirement subit, à la responsabilité des actes de cette journée? Il est impossible d'assigner à chacune de ces causes sa part d'influence; mais, quant au fait en lui-même, il ne peut être contesté; car on voit à chaque instant des sections envoyer à l'Assemblée demander des renseignements sur ce qui se passe, et supplier la seule autorité subsistante de mettre leurs comités en état de tranquilliser le peuple et de dissiper ses inquiétudes*.
Pendant ce temps, de l'Hôtel de Ville aux Tuileries et des Tuileries au Manège, l'anarchie triomphait en
A. Logograpke, p. 57.