LIVRE VIII
pleine liberté. On pillait toujours au Château; rincendie, après avoir dévoré les baraques des cours, atteignait déjà les ailes du monument. A chaque instant des coups de fusil se faisaient entendre; c'étaient quelques malheureux blessés que l'on achevait, c'était une vengeance particulière qui s'assouvissait impunément.
Pour essayer d'apaiser ces désordres et d'arrêter ces crimes individuels qui se renouvellent sans cesse, l'Assemblée envoie des commissaires pris dans son sein, mais ils sont à peine écoutés. Elle fait distribuer des proclamations imprimées et même manuscrites (car on ne peut trouver d'ouvriers imprimeurs, et les députés en sont réduits à copier les décrets qu'ils viennent de rendre), les spectateurs et les pétitionnaires en sortent chargés; mais bientôt les plus zélés revieiinent annoncer que la populace ne veut pas plus suivre leurs conseils que ceux des députés, qu'en vain ils ont cherché des oflBciers municipaux pour parler avec l'autorité qui leur manque ; qu'à peine ont-ils rencontré quelques commissaires de police disposés à proclamer la loi au son du tambour*.
L'Assemblée fait une seconde tentative et expédie de nouveaux commissaires, ceux-ci lui rapportent de meilleures nouvelles : Henri Larivière annonce qu'aussitôt qu'ils ont été reconnus pour des représentants, ils ont été environnés par une foule de citoyens qui ont entendu avec respect, la tête découverte, la lecture de la loi : « Tous ceux qui m'entouraient, ont juré de périr plutôt que de déshonorer la liberté par un crime. » Et, se tour-
i . Logographe, p. 47.
nant vers la tribune du Logographe : « A coup sûr, il n'est pas une tête ici présente (et l'on doit m'entendre) qui ne puisse compter sur la loyauté française*. »
L'Assemblée, qui ne demande pas mieux que d'être rassurée, applaudit très-vivement et se hâte de voter successivement toutes les mesures dont les Jacobins et les sections ultra -révolutionnaires demandaient en vaiû l'adoption depuis un mois et auxquelles elle avait jusqu'alors opposé un refus formel ^.
Ainsi, elle légalise et étend à toutes les assemblées primaires de France la mesure prise par la section du Théâtre-Français. Elle déclare que, pour la formation de la Convention nationale qu'elle vient de convoquer, sera admis à voter tout Français âgé de 25 ans, domicilié depuis un an et vivant du produit de son travail.
Ainsi, convertissant en loi la proposition faite quelque temps auparavant par la section des Lombards, elle décrète, sur la proposition de Choudieu :
« 1** Qu'il sera sans délai formé un camp sous les « murs de Paris ;
« 2° Qu'il sera établi des canons sur les hauteurs des « environs de Paris;
« 3° Que la commission extraordinaire lui présentera u le lendemain ses vues sur les moyens d'exécuter le « présent décret. »
Mais il faut songer à payer les frais de la révolution