‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 194 sur 267 · LIVRE VI IL · texte numérisé non relu

LIVRE VI IL

une importance qu'ils n'eurent point en réalité, mais que rAssemblée, en sa* faiblesse , s'efforça elle-même de leur prêter, quand elle ordonna à ses secrétaires de recueillir « les actes de vertu qui avaient signalé la mémorable journée du 10 août n et d'en rédiger un précis à envoyer aux départements.

Ah ! s'il eût fallu recueillir tous les crimes, tous les actes hideux commis dans cette journée, les secrétaires de l'Assemblée n'y auraient pas sufB. Pendant qu'un marchand de vin, nommé Clémence, amène à la barre un Suisse qu'il a sauvé, l'embrasse avec effusion et s'évanouit d'attendrissement ; pendant que des objets précieux sont déposés sur le bureau du président par des citoyens qui en tirent des regus et font inscrire leurs noms au procès-verbal, que de soènes de meurtre, que de déprédations nous aurions à raconter si nous voulions entrer dans tous les détails révélés par les pièces officielles 1

Peu de temps après que Clémence a fini son pathétique discours, on entend de nouveau retentir des cris de vengeance contre les Suisses, « ces assassins du peuple. » Le député Boirot annonce qu'un détachement populaire vient de partir avec des canons pour Courbevoie, où les quelques gardes restés dans leurs casernes courent les plus grands périls. On annonce, il est vrai, que le roi a envoyé défendre aux Suisses de se servir de leurs armes; mais le porteur de l'ordre royal vient d'être arrêté aux Champs-Elysées au moment où il se dirigeait sur Courbevoie, et il est amené à l'Assemblée parce que l'écrit, signé de Louis XVI, n'est

ni contresigné d'un ministre, ni daté. L'Assemblée autorise son président à donner 'des ordres pour que le porteur de la lettre soit mis à même de continuer sa route.

Tandis que l'on cherche un ministre pour contresigner l'ordre du roi, un garde national s'écrie à la barre : a Je suis de poste ici; j'entends tirer des coups de fusil; je réclame votre humanité. — Il s'agit de sauver des hommes, ajoute Chéron, nommons des commissaires pour aller parler au peuple. — Les commissaires des sections avaient ordonné d'amener à la maison commune les prisonniers déposés aux Feuillants. Un premier détachement de soixante à quatre-vingts soldats désarmés est dirigé vers la place de Grève; en route, les malheureux sont massacrés sans pitié. Pendant ce temps, d'autres Suisses prisonniers sont conduits au comité de la section du Roule. Le local se trouve bientôt trop petit pour les contenir. Le commandant de bataillon, Houdan, essaye de les faire transférer dans la caserne de la rue Verte et de là à l'Hôtel de Ville, mais la populace s'attroupe, les arrache à leur escorte et les égorge*.

1. Ce dernier fait est constaté par le procès-verbal suivant :

MUNICIPALITÉ DE PARIS

Rapport fait par le sous-commandant de la section du Roule.

c Du 10 août 1799.

« n VOUS expose, Messieurs, que les prisonniers suisses, faits par différentes sections , ont été en partie amenés aux comités de ladite section, poste central du bataillon. Comme le local était trop petit pour y recevoir tous les Suisses, ledit commandant monta aux comités;

Page 1