LIVRE VIII
Après les meurtres en masse, raconterons-nous les meurtres individuels? Qu'il nous suffise de dire un mot des deux plus importants.
Le commandant Carie, longtemps chef de bataillon de la garde nationale (section Henri IV) et passé avec le même grade dans la gendarmerie de Paris, était un des officiers qui avaient montré le plus de détermination au 20 juin. Pendant presque toute la journée du 10 août, il était resté à la porte de la loge du Logographe, veillant sur les jours de la famille royale; tout à coup il est appelé au dehors de la salle, entraîné vers la place Vendôme et massacré*.
M. de Clermont-Tonnerre, l'un des membres les plus distingués de l'Assemblée constituante, pendant qu'il passe tranquillement dans la rue, est désigné à la fureur de la populace, les uns disent par un de ses serviteurs, les autres par un boucher du marché de la rue de Sèvres. Il n'y avait aucun grief à arguer contre lui ; depuis
fit ses représentations, et donna idée aux commissaires de ladite section de transférer les Suisses à la caserne de la rue Verte ; ce qui fui accepté. La confusion de citoyens qui accompagnaient les Suisses, ne voulut pas'qu'ils y restassent; ils me forcèrent de les leur livrer, pour ôtre amenés à la maison commune, ce qui fut exécuté; il fut aussi amené un soi-disant commandant suisse qui fut arraché de nos mains et qui fut massacré à l'instiint, malgré toutes les représentations et opposition et résistance que ledit commandant leur a fait, ainsi que M. Carré, officier des chasseurs volontaires de Popincourt; et avons signé et requérons copie dudit rapport pour leur servir et valoir.
« HouDAN, commandant en second; Carré, sous-licutenant. »
\ . La malheuruese reine apprit la nouvelle de cette mort affreuse une demi-heure après que ce fidèle serviteur Teut quittée.
deux ans il était en dehors des affaires publiques ; mais on crie à Taristocrate, à Tami du roi. Il est saisi, traîné dans la boue. En vain demande-t-il à être conduit à la section de la Croix-Rouge; on ne l'écoute jpas, on Taccable d'outrages, on l'égorgé, on le met en pièces *.
Les procès-verbaux et les comptes rendus nous montrent, pendant toute la journée du 10 août, des citoyens venant à la barre de l'Assemblée apporter des bijoux, de l'argent et des effets précieux trouvés aux Tuileries. A chaque instant, les délibérations sont interrompues par les remerciements que le président leur adresse au nom de la nation. Mais si on lit avec attention les discours mêmes de ces braves gens, on voit clairement que pendant qu'ils font acte de probité, d'autres font acte de déprédation2. L'un des déposants dit : « Il se commet de grands
4 . Voici tout ce que le procès-verbal de la commune contient sur ce meurtre a!)ominable :
« On annonce que M. de Clermont-Tonnerre vient de périr malgré les efforts de la section de la Croix-Rouge pour le sauver. »
2. Ce qui le prouve mieux encore que les paroles des déposants, c'est le rapport que fit à la Convention, dans les derniers mois de 4792, Maignet, depuis si célèbre par son proconsulat dans le Midi. Il y est proposé d'accorder une indemnité de 44 8,965 livres aux serviteurs du Château, victimes des vols et des pillages commis dans les appartements et chambres qu'ils occupaient aux Tuileries. Ce rapport renferme des passages trop caractéristiques pour que nous n'en donnions pas quelques extraits à la lin de ce volume.