LIVRE IV
de ia discussion, demandait la destitution du directoire du département, prétendant que lui seul était coupable. « Car, disait Guérin, l'un de ses orateurs les plus exagérés, si la municipalité n'a pas fait son devoir le 20 juin, c'était au département à la suppléer, et si elle l'a fait, pourquoi a-t-il plus tard suspendu arbitrairement le maire et le procureur de la commune? »
Malgré toute sa bonne volonté, l'Assemblée ne pouvait goûter un pareil raisonnement et, obligée d'attendre ia décision royale sur Taffaire de Pétion, elle reprit la discussion des propositions faites par la commission extraordinaire.
Le 8, on ne s'en occupa qu'un moment, à propos des nouvelles regues de l'Ârdèche, où les royalistes avaient occupé Jalès et le château de Bannes. Lamarque réclama la déclaration immédiate de danger de la patrie, et l'Assemblée adopta en principe sa motion.
A la séance du 9, Ma parole fut accordée à Brissot, qui y avait renoncé le 7, afin d'atténuer, avait^il dit, ce qu'il pouvait y avoir de trop vif dans son discours. Mais les circonstances ayant changé en quarante-huit heures, le député girondin crut devoir rétablir toutes les violences de langage qu'il avait promis d'effacer au moment de ia fameuse réconciliation ^.
L'honmie d'État de la Gironde commence ainsi son discours :
I . La harangue ou plutôt le mémoire de Brissot, comprenant un tableau général de la situation de l'Europe depuis la révolution française, n'occupe pas moins de sept colonnes du ManUeur.
o2 HISTOIRE DE LÀ TERREUR.
<( La patrie n'est en danger que pour une seule cause : un homme a paralysé tes forces nationales. On vous dit de craindre le roi de Prusse et celui de Hongrie. Frappez sur la cour des Tuileries, et vous les aurez atteints ! »
Âpres cet exorde, Brissot expose la grande conspiralion intérieure et extérieure dont, suivant lui, le chef du pouvoir exécutif est le chef consentant ou forcé. C'est par la faute du pouvoir exécutif que nos armées ne sont pas assez fortes pour couvrir nos frontières; c'est par sa faute que la coalition a pu surprendre la nation; c'est par sa faute encore que l'agitation la plus funeste est entretenue intérieurement par les complices des émigrés, les prêtres réfraclaires, et même par des corps soi-disant constitutionnels, tels que le directoire du département de la Somme et surtout le directoire du déparlement de Paris. Celui-ci n'a-t-il pas essayé de soulever tous les départements contre la capitale, dicté la pétition des vingt mille, celle contre le camp, attaqué les sociétés |X)pulaires, soutenu La Fayette et persécuté la municipalité parisienne?
En terminant, Brissot demande la punition de La Fayette et de ses adhérents, la responsabilité solidaire des ministres qui n'ont plus la conGance de la nation, la déclaration immédiate de la patrie en danger, et surtout la formation d'un comité secret cumulant les fonctions des comités de surveillance et de la commission extraordinaire, et chargé spécialement des mesures de sûreté générale.
C'était le comité de salut public proposé en pleine monarchie. Ce comité fut établi un an plus tard; l'une de ses premières victimes devait être Brissot. Ainsi se re-