‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 48 sur 267 · LIVRE V. m · texte numérisé non relu

LIVRE V. m

Le 11 juillet, sur le rapport fait par Hérault-Séchelles, au nom des comités militaire et diplomatique et de la commission extraordinaire, TAssemblée avait proclamé la patrie en danger. Cette déclaration était accompagnée de deux adresses : Tune à l'armée, rédigée par Yaublanc; l'autre aux Français, due à la plume de Vergniaud^.

Les formalités de la transmission du décret au pouvoir ex^utif , au directoire du département et à la municipalité ayant pris plusieurs jours, ce ne fut que le

subalterne de général de l'armée de réserve, puis destitué par la Convention, qui déclara dédaigneusement qu'il pouvait se retirer où il voudrait. U fut un instant oublié, mais on se souvint de lui pour le traduire devant le tribunal révolutionnaire, et il paya de sa tôte ses tergiversations, ses dires contradictoires et son mauvais français. U avait averti La Fayette de se tenir en garde contre les Jacobins ; ce fut lui qui, après avoir choisi le rôle de la prudence, devint une des premières victimes de la tourmente révolutionnaire.

4 . Ces deux adresses se trouvent dans V Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, p. 359 et 360 du tome XV.

Nous ne croyons pas que l'on ait, avant nous, fait remarquer que plusieurs passages de l'adresse aux Français ont été presque textuellement reproduits dans la Marseillaise; Rouget de Lisle se contenta de mettre en vers ces paroles échappées à la verve brûlante de Yergniaud : a Souffrirez-vous que des hordes étrangères se répandent comme un torrent destructeur dans vos campagnes, qu'elles désolent notre patrie par l'incendie et le meurtre, qu'elles vous accablent de chaînes teintes du sang de ce que vous avez de plus cher? »

dimanche 22 et le lundi 23 que le décret fut promulgué dans Paris. Ces deux jours-là, à six heures du matin, le canon d'alarme du parc d'artillerie établi sur le Pont-Neuf annonça, par une salve de trois coups, la sinistre proclamation ; toute la journée, il ne cessa de retentir d'heure en heure. Pendant ce temps le rappel était battu dans tous les quartiers, et deux cortèges officiels parcouraient la ville.

En tête de chaque cortège marchait un détachement de cavalerie avec trompettes , tambours , corps de musique, et six pièces de canon. Puis apparaissaient à cheval douze officiers municipaux ; derrière eux était déployée une bannière tricolore , sur laquelle étaient inscrits ces mots : Citoyens, la patrie est en danger!

Au milieu des places, dans les carrefours, sur des amphithéâtres préparés d'avance , se dressaient des tentes ornées de banderoles tricolores et de couronnes de chêne : une planche, posée sur des caisses de tambours, était destinée à servir de bureau pour l'inscription des volontaires. En arrivant à chacun des endroits désignés , le cortège s'arrêtait, le drapeau tricolore était agité, les tambours exécutaient un roulement; un officier municipal lisait l'acte du corps législatif. Le gros du cortège reprenait ensuite sa marche, laissant les gardes nationaux de l'arrondissement déposer leurs drapeaux sur l'amphithéâtre et former un grand cercle, au milieu duquel se rangeaient les volontaires à mesure qu'ils s'étaient fait inscrire. Durant les deux journées, les officiers municipaux suffirent à peine à recevoir les engagements.

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