‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 57 sur 267 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

s'il choisissait ses ministres parmi les hommes les plus prononcés en faveur du nouvel ordre de choses ; s'il remettait la garde et l'éducation du jeune prince royal à un gouverneur revêtu de la confiance de la nation ; si, enfin, il retirait à La Fayette le commandement de Tarmée^.

Les constitutionnels faisaient agir de leur côté auprès de Louis XVI ^ pour le déterminer à se jeter dans leurs bras. La Fayette offrait toujours de recevoir le roi au milieu de son armée. Il était en correspondance active avec Lally-Tollendal , revenu tout exprès d'Angleterre , et, par son intermédiaire, entretenait des relations indirectes avec MM. de Montmorin et Bertrand de Molleville, anciens ministres, et toujours confidents de Louis XVI.

A ces deux propositions, si différentes par le but, les moyens et les hommes qui les présentaient, le roi répondit d'une manière à peu près identique. Aux girondins , on fit dire d'une manière banale que le pouvoir exécutif apportait le plus grand soin au choix des mi-

4 . Cette lettre, dont Texistence fut révélée par Gasparin à la séance du 5 janvier 4793, devint un des principaux chefs d'accusation produits contre les girondins, devant le tribunal révolutionnaire, par les Amar et les Fouquier-Tinville. M. Granier de Cassagnac (Histoire des girondins et Massacres de septembre), page 417 du tome I", dit que les girondins, accusés par Robespierre à l'occasion de cette lettre, se sauvèrent « par de vagues et inexactes explications. » Cette assertion est des moins fondées, car il suffit de se reporter à la séance du 42 avril 4793, pour voir que la lettre des girondins fut imprimée entre le 5 janvier et le 42 avril par les soins de Gensonné, qui Tavait écrite et en avait conservé la minute. Vergniaud et Guadet n'avaient fait que la signer. Elle se trouve in extenso dans les pièces justificatives de Y Histoire de la Révolution^ par M. Thiers, 2* volume, p. 370.

nistres ; qu'il s'était tenu très-scrupuleusement dans les limites de la constitution; qu'on avait mis tout en œuvre pour empêcher la coalition des puissances , mais que la guerre étant aujourd'hui déclarée et l'ayant été par des ministres patriotes, il n'y avait plus qu'à la poursuivre. A La Fayette, par l'intermédiaire de son aide de camp La Colombe, on fit écrire : « Nous sommes bien reconnaissants envers votre général , mais ce qu'il y aurait de mieux pour nous serait d'être enfermés pendant deux mois dans une tour. » Aux intimes on disait : « M. de La Fayette sauvera peut-être le roi, mais il ne sauvera pas la royauté. »

Ainsi , entre tous les partis possibles , on choisissait aux Tuileries le pire, celui de se laisser aller aux événements. Or, presque toujours et surtout en temps de révolution , les événements tournent au profit des audacieux et contre les timides. Quoi de plus naturel? Les premiers les font naître, les seconds les subissent.

A ce moment, les girondins semblaient caresser avec amour une idée, qu'ils croyaient de nature à concilier les partisans de la république et les partisans de la monarchie. C'était, après avoir fait prononcer la déchéance de Louis XVI, de donner à l'enfant royal un gouverneur qui aurait été investi d'une grande partie du pouvoir exécutif, et aurait reçu leurs inspirations; par ce moyen ils espéraient se séparer avec éclat des auxiliaires

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