LIVRE V
dangereux et impatients, dont ils étaient encore obligés d'acœpter le concours mais dont il leur tardait d'être à jamais débarrassés. Aussi les voyons -nous jouer un triple rôle : éviter d'attaquer directement le pouvoir royal , s'efforcer de retenir les exagérés, et cependant briser tout ce qui pouvait, hommes ou choses, faire obstacle à leur rentrée au pouvoir.
Le 21 juillet , Vergniaud vient , au nom de la commission extraordinaire*, présenter la déclaration suivante, qui est à l'instant même votée et portée au roi :
« L'Assemblée nationale, considérant que depuis longci temps les ministres ont déclaré qu'ils ne croyaient pas « pouvoir servir utilement la chose publique; qu'en conc< séquence ils ont donné leur démission ;
a Considérant qu'une pareille déclaration de leur part ce a du altérer, dans toutes les parties de l'administration, « la confiance sans laquelle il est impossible d'assurer le ce succès de nos opérations, qu'elle peut nuire même à ce l'harmonie que l'Assemblée est jalouse de maintenir <c entre les deux pouvoirs;
« Considérant que, dans les circonstances graves où se et trouve la nation, la mésintelligence entre les autorités « constituées, le moindre embarras dans l'exécution des
4 . La commission extraordinaire avait jusqu'alors été composée de douze membres. Mais, dans la deuxième quinzaine de juillet, les circonstances devenant de plus en plus graves, on sentit la nécessité d'y faire entrer les personnages les plus influents des deux parties de l'Assemblée; le nombre de ses membres fut porté à dix-huit et presque au^^sitôt après à vingt et un. C'est ce dernier chiffre qui servira à la désigner désormais.
« moyens de défense , les plus légères fautes ou même (( l'inaction la plus instantanée du pouvoir exécutif « pourraient nous conduire aux revers les plus funestes ; « Déclare au roi que le salut de la patrie commande « impérieusement de recomposer le ministère, et que ce « renouvellement ne peut être différé sans un accroisse- « ment incalculable des dangers qui menacent la liberté a et la constitution. »
Le 23, Guyton-Morveau, au nom de la même commission, fait adopter une nouvelle déclaration plus grave encore ;
« L'Assemblée nationale, considérant que le [Sus « sacré de ses devoirs est de déployer tous les moyens (( que la constitution met à sa disposition, pour prévenir « et faire promptement cesser le danger de la patrie;
a Considérant que rien ne peut contribuer plus effî- « cacementà remplir cet objet important, que de donner u à la responsabilité des ministres toute la latitude que « le salut de l'État exige dans de telles circonstances ;
« Décrète que, quand le Corps législatif a proclamé, « dans les formes prescrites par le décret du 5 de ce « mois, que la patrie est en danger, indépendamment « des cas où la responsabilité peut être exercée contre (( les agents du pouvoir exécutif, tous les ministres sont « solidairement responsables, soit des actes délibérés au « conseil relatifs à la sûreté intérieure et extérieure de « l'État, qui auraient, occasionné le danger, soit de la « négligence des mesures qui auraient dû y être prises « pour le prévenir ou en arrêter les progrès ;