‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 69 sur 267 · LES SECTIONS · texte numérisé non relu

LES SECTIONS

Depuis quelque temps Pétion et Manuel se préoccupaient tout particulièrement de régulariser l'action jusqu'alors tumultueuse et désordonnée des sections pansiennes^ ; car régulariser cette force, c'était en décupler la puissance.

La loi interdisait aux corps constitués de faire des adresses et des pétitions collectives; mais les sections parisiennes n'étaient pas, dans le sens légal du mot, des corps constitués, puisqu'elles n'avaient pas une autorité définie et des attributions spéciales. C'est pourquoi, au grand regret des meneurs jacobins , elles n'avaient pu, au moment de la proclamation de la patrie en danger , se mettre en permanence comme tous les autres corps auxquels s'appliquait le décret du 12 juillet.

4 . Voir dans le premier volume, p. 331 , la notice concernant l'organisation de la municipalité et des sections parisiennes. Nous donnons à la fin de ce deuxième volume une autre notice qui contient des détails statistiques sur les quarante-huit sections et sur la part que chacune d'elles prit aux événements du 40 août.

Il fallait donc arriver à constituer de fait cette permanence, et cependant ne pas perdre le privilège que les sections avaient su tirer du silence de la loi : celui de faire à tous propos des adresses et des pétitions collectives.

Le 17 juillet , un arrêté municipal établit un bureau central de correspondance entre les quarante- huit sections de Paris. Ce bureau avait pour mission a de rendre entre les sections les communications actives et rapides; )> il tenait ses séances à THÔtel-de- Ville et était placé sous la direction et la surveillance immédiate du procureur de la commune. Quarante-huit commissaires y devaient passer journellement pour communiquer les arrêtés pris dans chacune de leurs sections et. recevoir communication des arrêtés pris dans les autres^.

Dès le 6 juillet, la section du Marché des Innocents avait demandé que les quarante-huit sections envoyassent des délégués a THôtel-de- Ville, chargés de rédiger une adresse à l'armée, où seraient exprimés tous les sentiments de fraternité qui unissaient Paris aux défenseurs de la patrie. Naturellement, un des premiers soins du nouveau bureau de correspondance fut de presser la nomination de ces commissaires. Trente-deux sections répondirent tout d'aboixl à Tappel de la municipalité; quelques autres se joignirent plus tard à elles. Après plusieurs séances successives, on admit le projet présenté par Collot-d*Herbois, Tallien et Xavier Audoin^.

i. Voir le texte de cet arrêté et la lettre-circulaire de Manuel dans V Histoire parlemenlaire, t. XVI, p. 234. 2. Nous avons retrouvé le procès-verbal qui fut dressé à celte occa-

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L'adresse conlenail une série de calomDies dirigées contre les généraux qui commandaient nos armées ; elle tendait à jeter Tesprit d'insubordination et de révolte dans les rangs des soldais. Tout cela était déplorable; mais ce qui l'élait bien plus, c'était l'innovation qui venait d'être consacrée, sans que ni la municipalité légale, ni le département, ni l'Assemblée, ni le pouvoir exécutif eussent songé à s'y opposer, eussent entrevu toutes les conséquences qu\me pareille usurpation pouvait avoir dans un temps très-rapproché.

Ainsi, un pouvoir nouveau, sans règle, sans responsabilité, sans garantie, se posait, de son autorité privée, à côté de celui que la loi avait institué pour représenter la commune. Des commissaires, dont l'élection n'était entourée d'aucune formalité, dont les pouvoirs n'étaient pas toujours inscrits sur les registres, mais souvent libellés sur un chiffon de papier en l'absence du plus grand nombre des citoyens actifs de la section, enfin dont les attributions pouvaient être aussi vagues et aussi larges que possible, se réunissaient à l'Hôtel-de-Ville , délibéraient avec toutes les formes d'une assemblée régulière (président , secrétaire et procès-verbal) , prenaient des décisions et s'arrogeaient le droit de parler au nom de la population parisienne.

La commune insurrectionnelle du 10 août était toute trouvée. Les commissaires de section n'eurent plus, au

sion par les commissaires des sections. Nous le donnons à la fin de ce volume. Le texte complet de l'adresse à l'armée se trouve dans l'Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XVI, p. !î41.

jour choisi par les conspirateurs , qu'à venir s'emparer violemment de la salle où siégait le conseil général de la commune, et à dissoudre ce corps, qui, par un aveuglement stupide, leur avait ouvert lui-même les portes de THôtel-de-Ville, les avait installés près de lui, leur avait, pour ainsi dire, reconnu le droit de parler et d'écrire en son lieu et place. Pourquoi des individus sans titre et sans mandat n'auraient-il» pas mis en action, vis-à-vis de ces municipaux si bénévoles, la fable de la Lice et sa compagne? Cette fable n'est-elle pas de tous les temps et de tous les régimes?

Grâce à l'établissement du bureau central de correspondance, le mouvement révolutionnaire se généralisa. Une motion démagogique était-elle produite dans une section, presque instantanément elle était répandue, adoptée, amplifiée dans les autres. Non-seulement les sections correspondaient entre elles , mais encore avec toutes les communes de France; elles usurpaient le pouvoir législatif, inventaient des délits, édictaient des peines.

La section des Lombards proposait l'établissement d'un camp sous Paris, faisait afficher des avis aux Parisiens, dans lesquels elle menaçait de la fureur du peuple quiconque tirerait sur lui en cas d'insurrection, et garantissait la sûreté personnelle , ainsi que la propriété, à ceux qui se rangeraient de son côté.

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