‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 70 sur 267 · LIVRE YI · texte numérisé non relu

LIVRE YI

La section du Théâtre-Français décrétait, dans un acte signé Danton, Ghaumette et Momoro, que la division constitutionnelle des citoyens actifs et des citoyens passifs n'était plus reconnue par elle et que « tous les Français, ayant un domicile quelconque dans sa circonscription, partageraient effectivement la portion de souveraineté appartenant à ladite section. »

Depuis que le mot déchéance avait été prononcé à r Assemblée , cette question était très-violemment agitée dans la plupart des sections. La municipalité eut Taudace de la mettre à l'ordre du jour de toutes à la fois. Naturellement les jacobins la mirent également en discussion; ils prirent même les devants sur les sections, parce que, pour un objet aussi important, ils tenaient à faire prévaloir leurs idées particulières.

c( La racine du mal est dans le pouvoir exécutif, s'écria Robespierre au club de la rue Saint-Honoré, mais il est aussi dans la législature. La déchéance du roi est nécessaire , mais , le fantôme appelé roi disparu , qui gouvernera?

tt Le pouvoir exécutif sera-t-il exercé par le Corps législatif? Je ne vois dans cette confusion de tou^s lespourroirs (pie le plus insupportable des despotismes. Que le despotisme ait une seule tête ou quil en ait sept cents ^ c'est toujours le despotisme. Je ne connais rien d'aussi effrayant que l'idée d'un pouvoir illimité remis à une assemblée nombreuse, qui est au-dessiis des lois^ fât-elte une assemblée de sages. »

Ainsi Robespierre anathématisait d'avance le règne de la Convention, le pouvoir souverain exercé par une as-

semblée unique. Mais pourquoi blâmait-il un régime dont il devait devenir le promoteur le plus fervent? iù'est qu'alors ses rivaux siégeaient à la Législative et que, lui, il s*en était exclu, tandis que plus lard il fut l'inspirateur caché et tout-puissant du terrible comité de salut public, auquel la Convention avait remis l'exercice de ses pouvoirs souverains.

Laissons la pétition sur la déchéance s'élaborer dans le comité central réuni à l'Hôtel -de -Ville, laissons les sections révolutionnaires se disputer la palme de V énergie civique (style du temps) ; assistons à l'entrée des fédérés marseillais qui, partis le 2 juillet des bords de la Méditerranée, arrivèrent à Charenton le 29 au soir.

Qu'étaient ces hommes? De valeureux jeunes gens du département des Bouches-du-Rhône et des contrées circonvoisines, qui avaient quitté le foyer domestique pour répondre à l'appel de la patrie en danger? Non, ceux-là étaient aux frontières, avec Masséna et Ghampionnet. Ceux qui vinrent à Paris n'étaient que des bandits émorites, expédiés par les sociétés populaires du Midi^, poui*

4. Voici la dedcripUon que donne de ces Marseillais un député des Boucbe9-du-Rbône, Blanc-Gillv, qui certes devait les connaître :

« La ville de Marseille, assise sur la Méditerranée, au voisinage de cent nations, doit être considérée, à cause de son port, comme la sentine d^une grande partie du globe, où vont se rendre toutes les impuretés du genre humain; c'est là que nous voyons constamment disposée à fermenter Técume d3S crimes vomis des prisons de Gèntvs,

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