‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 75 sur 267 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

jeune homme se précipite dans un café dé la rue Saint- Florentin, mais les Marseillais y entrent aussitôt et le percent de mille coups* Des gardes nationaux sont blessés, trois très-dangereusement, douze autres assez grièvement. Quelques-uns ne doivent leur salut qu'à une circonstance fortuite : le pont tournant, qui séparait alors le jardin des Tuileries de la place Louis XV, se trouvait à leur portée, ils le franchissent, le referment derrière eux, traversent le jardin en courant et se réfugient au Château, où des secours leur sont prodigués 2.

4. Les démagogues voulurent voir dans ces diverses circonstances la preuve que la cour avait suscité l'émeute, dans le but de provoquer i'éloignement immédiat des Marseillais. Il fallait porter bien loin l'esprit départi pour prétendre un instant que les grenadiers des Filles- Saint-Thomas avaient été apostés, à point nommé, aGn d'exciter des troubles aux Champs-Elysées. Comment auraient-ils pu l'être? on ignorait le jour de l'arrivée des Marseillais à Paris ; le repas de corps qui avait lieu chez Dubertier était, au contraire, indiqué depuis plusieurs jours; d'ailleurs, les grenadiers des Filles-Saint-ïhomas étaient tous des gens notables dans leur quartier; quelques-uns avaient des positions considérables, aucun n'aurait accepté le métier de coupe-jar/et; les vrais, les seuls coupe-jarrets étaient certainement les Marseillais. Que venaient ils faire aux Champs-Elysées, le jour même de leur arrivée? Ils étaient casernes à la Nouvelle-France (au haut du faubourg Poissonnière), à une lieue de là; il y avait cent établissements beaucoup plus rapprochés qui auraient pu recevoir les convives de Santerre ; mais on voulait faire peur, on voulait avoir des prétextes de troubles, il fallait aller chercher une occasion de rixes là oh on devait espérer la trouver. Pour justifier le guet-apens que l'on disait avoir été tendu aux Marseillais, on déclara le soir même, aux Jacobins, que la reine avait dit à une de ses femmes : « Ne craignez rien, votre mari n'y était pas. » Qui prouve que ce mot ait été prononcé? Gomment supposer que la reine savait par cœur la liste de ceux qui auraient été apostés? Tout cela est simplement absurde; le mot eût-il été prononcé,

Dans l'intérieur du Château, comme au dehors, Talarme fut extrême. On Gt mander le maire Pétion qui se rendit aux Champs-Elysées où, naturellement, il ne trouva plus personne. La générale fut battue. Réuni sur la place Favart, le bataillon des Filles-Saint-Thomas voulait se porter en masse à la caserne des Marseillais; on l'en détourtfa. Quelques grenadiers furent délégués auprès de l'Assemblée nationale, qui, dès l'ouverture de la séance du soir, entendit leurs justes plaintes.

« Nous nous étions réunis pour dîner ensemble, direntils, nulle santé, nul mot n'avait pu donner lieu à calomnier nos intentions. Quel a donc été notre étonnement, en sortant pour revenir dans nos foyers, de nous voir assaillis par une troupe de gens égarés qui, fâchés de nous entendre répondre par les cris de Vive la nation ! à ceux qu'ils nous criaient, nous ont couverts d'une grêle de pierres. Cherchant alors à nous rallier, nous avons entendu un rappel, et aussitôt nous avons été attaqués par six cents furieux qui dînaient près de nous. Ils ont fondu sur nous à coups de sabre et dé pistolet ; plusieurs de nos camarades en ont été victimes , ils sont morts... Ceux qui se sont sauvés ne l'ont dû qu'à leur fermeté ou en adoptant un signe de ralliement r/i^e M. Santerre leur

comment n'y pas voir seulement une parole, dite au hasard, dans l'intention de rassurer une malheureuse femme qui tremblait pour les jours de son mari ? Ce qui écarte l'idée même d'un guet-apens, c'est que les Marseillais étaient plus de cinq cents, sans y comprendre leurs amphytrions; les convives du banquet des Filles-Saint-Thomas • étaient au nombre de cent soixante-six. (Voir le lA>gographe, p. 48, XXVI' volume, séance du 4" août.)

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